Israël continue d’intensifier ses opérations sur le front libanais en multipliant les destructions et les déplacements de population au sud comme au nord du fleuve Litani. L’armée étend également ce qu’elle appelle la « ligne jaune » et occupe des positions à forte valeur opérationnelle et symbolique. Toutefois, selon l’analyse présentée dans cet article, elle ne parvient pas à sortir d’une guerre d’usure ni à obtenir un avantage stratégique décisif face au Hezbollah.
Cette escalade serait motivée par plusieurs considérations militaires et politiques internes. Parmi elles figurent les craintes israéliennes de voir émerger prochainement un accord entre Washington et Téhéran susceptible de mettre fin aux hostilités au Liban. Israël chercherait ainsi à profiter du temps restant pour infliger le maximum de dégâts au Liban, et pas seulement au Hezbollah.
L’élargissement des destructions et des déplacements de populations s’inscrirait également dans une tentative de pression indirecte sur le Hezbollah, en visant son environnement social et l’ensemble du Liban, dans l’espoir d’obtenir un affaiblissement de son arsenal ou de l’entraîner dans une dynamique de conflit interne.
L’escalade militaire est aussi présentée comme une réponse aux critiques croissantes au sein d’Israël, où de nombreux observateurs considèrent que le cessez-le-feu s’est transformé en une guerre d’usure coûteuse et que l’État hébreu n’a pas réussi à imposer une victoire nette au Hezbollah. Certains accusent même le gouvernement de limiter l’action de l’armée sous l’influence de la présidence américaine, tandis que des voix réclament des frappes plus massives contre Beyrouth.
Une caricature révélatrice du malaise israélien
Selon l’article, les dernières semaines ont vu grandir la frustration au sein de l’opinion israélienne, notamment après la prise de conscience que le Hezbollah avait été sous-estimé malgré les déclarations triomphalistes de plusieurs responsables politiques.
Cette colère est illustrée par une caricature publiée par le quotidien israélien Haaretz. On y voit un char israélien accompagné d’une pancarte indiquant : « L’armée la plus avancée du monde recherche des filets de pêche. »
Cette caricature fait écho à des informations selon lesquelles certains soldats israéliens chercheraient, à titre individuel et avec l’aide financière de leurs familles, à se procurer des filets de pêche dans la région de Tibériade afin de protéger leurs embarcations contre les drones.
Un contexte politique tendu
La situation est rendue encore plus sensible par l’approche des élections générales en Israël. Plusieurs sondages prédisent la défaite de la coalition dirigée par Benjamin Netanyahou.
L’article estime que Netanyahou, qui s’est longtemps présenté comme le garant de la sécurité d’Israël et le promoteur d’une « victoire totale », cherche aujourd’hui à préserver son pouvoir et son héritage politique en recourant à davantage de force militaire et à une expansion des opérations.
Par ailleurs, des tensions existeraient entre les responsables politiques et l’institution militaire depuis les événements du 7 octobre. L’armée craindrait d’apparaître hésitante ou faible, ce qui l’inciterait à poursuivre une stratégie reposant principalement sur l’usage accru de la force, aussi bien au Liban qu’à Gaza.
Critiques et interrogations en Israël
Après l’occupation du château de Chqif (Beaufort) dans le sud du Liban, plusieurs analystes israéliens ont critiqué la dépendance de la classe dirigeante à la seule puissance militaire sans vision politique complémentaire.
Ces observateurs reprochent au gouvernement l’absence d’une stratégie visant à rechercher des compromis et des accords durables avec les pays voisins. Ils mettent en garde contre une politique fondée uniquement sur la destruction, les déplacements forcés et une rhétorique de confrontation permanente, qui ne permettrait pas de mettre fin à l’usure sur les différents fronts ouverts depuis le 7 octobre.
Malgré cela, le gouvernement israélien poursuit sa ligne dure. Le ministre de la Défense, Israël Katz, s’est félicité de la prise du château de Chqif et du déploiement du drapeau israélien sur le site. Il a déclaré que cette opération constituait un message clair aux ennemis d’Israël, affirmant que ceux qui menacent le pays perdent leurs positions stratégiques et que la guerre contre le Hezbollah n’était pas terminée.
De son côté, Benjamin Netanyahou avait tenu un discours similaire la veille, soulignant les frappes menées par l’armée israélienne à Beyrouth et dans la vallée de la Bekaa.
Selon l’analyse présentée dans cet article, ces déclarations viseraient autant à obtenir des gains psychologiques et médiatiques qu’à répondre aux critiques internes concernant l’incapacité à mettre un terme aux affrontements avec le Hezbollah et au coût humain, économique et militaire du conflit.
L’auteur conclut que cette rhétorique est perçue par une partie de l’opinion israélienne comme une tentative de masquer l’écart entre les déclarations officielles et la réalité du terrain, alimentant ainsi frustration, mécontentement et inquiétude au sein de la société israélienne.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information