L’Algérie a exprimé, ce lundi, sa première réaction officielle face à la dégradation rapide de la situation sécuritaire au Mali, marquée par une série d’attaques coordonnées menées depuis le 25 avril. S’exprimant lors d’une déclaration à l’occasion de la visite de son homologue bosnien, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a réaffirmé « le soutien de l’Algérie à l’unité du Mali, dans son territoire, son peuple et ses institutions ».
Condamnant fermement le terrorisme sous toutes ses formes, le chef de la diplomatie algérienne a insisté sur le fait que ce phénomène « ne peut être ni justifié ni toléré », rappelant l’expérience douloureuse de l’Algérie face à ce fléau. Il a également appelé au renforcement de la cohésion nationale au Mali, qu’il considère comme « le meilleur rempart » pour faire face aux menaces sécuritaires.
Cette position s’inscrit dans la continuité de l’engagement d’Alger en faveur d’une solution politique à la crise malienne, fondée sur le dialogue et la réconciliation, conformément à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali signé en 2015 entre les différentes parties au conflit : le gouvernement malien, la Plateforme des mouvements du 14 juin 2014 et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). L’accord portait sur des questions politiques et institutionnelles, de défense et de sécurité, de développement socio-économique et culturel, et sur les enjeux de la réconciliation, de la justice et les questions humanitaires.
Sur le terrain, la situation reste extrêmement tendue. Des attaques simultanées revendiquées par le Front de libération de l’Azawad et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ont visé plusieurs villes, dont Bamako. Les autorités maliennes ont annoncé dimanche la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, tué dans une attaque suicide à Kati, une ville stratégique proche de la capitale.
Dans cette localité, l’accès au camp militaire Soundiata Keïta reste strictement contrôlé, tandis que la population, sous le choc, redoute une nouvelle escalade. Si Bamako demeure relativement calme, la situation est plus préoccupante dans le centre du pays, notamment près de Sévaré, où des groupes armés ont été aperçus.
Au nord, la ville de Kidal est passée sous le contrôle des groupes rebelles et jihadistes, qui y ont installé leur quartier général, marquant un tournant stratégique. Dans ce contexte, les paramilitaires russes du Africa Corps ont annoncé leur retrait de la ville, après des combats intenses et des négociations avec les assaillants.
Les violences du week-end ont ravivé les craintes d’une instabilité durable. Alors que les autorités maliennes affirment avoir neutralisé de nombreux combattants, elles reconnaissent faire face à une offensive d’une ampleur inédite, laissant planer de fortes incertitudes sur l’évolution de la crise.
Dans ce contexte, les paramilitaires russes du Africa Corps ont annoncé leur retrait de Kidal, conformément à une décision conjointe avec les autorités maliennes. Acculés dans leur base après d’intenses combats, ils auraient négocié leur départ avec les assaillants. Des images diffusées montrent leur convoi quittant la ville avec du matériel lourd, tandis que le reste de leur équipement aurait été détruit sur place. Malgré ce retrait, le groupe affirme poursuivre ses opérations dans un environnement qu’il qualifie de « complexe ». Selon plusieurs estimations, plusieurs centaines de combattants russes étaient présents à Kidal, un site à forte valeur symbolique depuis la prise de la ville en 2023. Sur le plan politique, l’Alliance des forces pour la République malienne, opposition en exil, a appelé dimanche le comité militaire au pouvoir au Mali à démissionner afin d’éviter « l’effondrement du pays » et de sauver ce qui peut encore l’être.
Dans un communiqué, le mouvement, qui inclut des figures comme l’imam Mahmoud Dicko, a exigé l’ouverture immédiate d’une transition civile et républicaine. Celle-ci devrait garantir un cessez-le-feu, la protection des civils, le rétablissement des libertés publiques et la restauration des institutions de l’État, tout en préparant le retour à l’ordre constitutionnel.
L’Alliance a qualifié les attaques coordonnées de samedi de « signal d’alarme national », estimant qu’elles révèlent l’insécurité persistante dans le pays. Elle affirme qu’aucune zone, y compris Bamako, n’est épargnée par la violence.
Elle appelle également les groupes armés à cesser les hostilités et à privilégier le dialogue, soulignant qu’aucune victoire militaire ne peut remplacer une paix durable. Enfin, elle insiste sur un dialogue national, républicain et encadré, fondé sur l’unité du Mali et la protection des civils.
in fine, la situation catastrophique qui prévaut aujourd’hui au Mali représente exactement ce dont a prévenu l’Algérie : plus de violence et d’instabilité.
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information