· Le principal problème réside dans la rareté des donneurs d’organes
Le développement de la transplantation d’organes en Algérie reste freiné par l’absence d’une véritable culture du don au sein de la société et par la rareté des donneurs, malgré des progrès enregistrés ces dernières décennies.
C’est ce qu’a affirmé le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et président du comité d’éthique médicale du Centre hospitalier universitaire Mustapha-Pacha, lors de son passage hier mercredi dans l’émission radiophonique « Invité du matin » sur la Radio nationale algérienne.
Selon le professeur Belhadj, le principal problème ne réside ni dans les moyens médicaux ni dans les compétences disponibles, mais plutôt dans la rareté des donneurs d’organes. Une situation largement liée aux réticences sociales, notamment au respect de la sacralité de la mort et à l’exigence légale d’obtenir l’accord de la famille.
Cette réalité freine le développement de la transplantation en Algérie, alors que près de 32 000 patients sont actuellement en attente d’une greffe, principalement de rein, de foie ou de cornée, sans compter les enfants nécessitant des interventions urgentes.
La greffe de cornée, un exemple révélateur
Le professeur Belhadj souligne que la greffe de cornée fait partie des interventions les plus simples et les plus efficaces en matière de transplantation. Pourtant, le nombre de dons reste limité, malgré l’existence de fatwas autorisant et encourageant le don d’organes.
Dans la pratique, explique-t-il, les dons se font majoritairement au sein du cercle familial, tandis que le don au profit de personnes extérieures à la famille suscite encore des réticences.
1 600 greffes réalisées depuis 1986
Depuis 1986, l’Algérie n’a réalisé qu’environ 1 600 transplantations d’organes, selon la même source. Toutefois, des avancées ont été enregistrées ces dernières années, notamment au niveau de l’unité de transplantation du Centre hospitalier universitaire de Batna.
Au cours des trois dernières années, cette structure a assuré près de 60 % des greffes de rein réalisées à l’échelle nationale, un résultat considéré comme notable comparé à certains pays du Maghreb.
Des débuts remontant à 1977
Les premières transplantations en Algérie remontent à 1977, lorsque la première greffe de cornée a été réalisée au CHU Mustapha-Pacha. Elle a été suivie par la première greffe de rein en 1986.
Ces interventions nécessitent toutefois des technologies avancées et une coordination étroite entre plusieurs services médicaux, ce qui impose un effort constant en matière de formation spécialisée pour les équipes médicales.
Sensibiliser la société au don d’organes
Dans ce contexte, le professeur Belhadj appelle à renforcer les campagnes de sensibilisation autour de la culture du don d’organes, notamment dans les mosquées, les écoles et les médias, afin d’ancrer davantage les valeurs de solidarité et d’encourager les citoyens à contribuer au sauvetage de vies humaines.
Il rappelle également que la législation sanitaire impose l’accord de la famille du défunt et la confirmation de l’état de mort cérébrale avant toute opération de prélèvement.
Moderniser le cadre légal et les procédures
Le spécialiste estime que la phase actuelle nécessite également la numérisation des procédures et l’enrichissement du cadre juridique relatif aux transplantations afin de faciliter les démarches et d’assurer une plus grande transparence.
Concernant la greffe de cornée, il souligne que le prélèvement sur des corps sans vie pourrait réduire la dépendance de l’Algérie aux importations de cornées, à condition de renforcer la confiance des citoyens et de garantir un cadre légal clair.
Un enjeu de santé publique
Le développement du don d’organes constitue également un moyen efficace de lutter contre le trafic illégal d’organes, insiste le professeur Belhadj, pour qui la construction d’une conscience collective fondée sur la solidarité et l’humanisme demeure la clé pour faire progresser ce domaine vital.
Selon les données de l’Association algérienne des patients atteints de maladies rénales, de dialyse et de transplantation, environ 35 000 patients suivent actuellement un traitement de dialyse dans près de 420 centres spécialisés à travers le pays.
Chaque année, environ 200 greffes de rein sont réalisées à partir de donneurs vivants, un chiffre jugé insuffisant au regard du nombre de patients nécessitant une transplantation.
Lancement prévu des greffes cardiaques
Le Ministère de la Santé algérien a annoncé en février dernier le lancement, à partir de cette année, des premières opérations de transplantation cardiaque en Algérie, en coopération avec plusieurs pays disposant d’une expérience avancée dans ce domaine.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un programme national de transplantation d’organes, supervisé par l’Agence nationale de la greffe d’organes, visant à développer cette activité médicale dans le pays.
Par ailleurs, en octobre 2025, le ministre du Travail a supervisé la signature d’une convention entre la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés et l’établissement hospitalier spécialisé Hôpital Pierre et Marie Curie d’Alger.
Cet accord permet désormais de couvrir les coûts élevés des transplantations, notamment celles du foie chez l’adulte à partir de donneurs vivants.
Selon le ministre, cette évolution a permis de réduire considérablement le nombre de patients envoyés à l’étranger pour des soins : une centaine de cas auparavant, contre seulement cinq actuellement, grâce au développement de ces interventions en Algérie.
L’établissement hospitalier Pierre et Marie Curie est ainsi appelé à devenir un centre de référence pour les greffes du foie dans le pays, contribuant à renforcer la souveraineté sanitaire nationale.
Mahdi. B
LA NATION Quotidien National D'information