Une vague d’indignation a traversé le monde arabe et musulman à la suite de déclarations controversées de l’ambassadeur américain en Israël, évoquant de supposés droits israéliens sur l’ensemble du Moyen-Orient. Une quinzaine d’États ont dénoncé des propos jugés incompatibles avec l’initiative de paix portée par le président Donald Trump et perçus comme un facteur de déstabilisation majeur pour la région.
Alors que Donald Trump met en avant son plan pour Gaza, soutenu par de nombreux pays de la région, son représentant à Tel-Aviv, Mike Huckabee, a tenu des propos qui ont suscité une vive inquiétude. Interrogé lors d’un entretien avec le journaliste américain Tucker Carlson au sujet d’un passage biblique attribuant à Israël des « droits » sur un territoire s’étendant « du Nil à l’Euphrate » — soit de l’Égypte à l’Irak — l’ambassadeur a répondu qu’il considérait cette interprétation comme fondée, allant jusqu’à affirmer que cela couvrirait « pratiquement tout le Moyen-Orient » et qu’« il serait préférable qu’ils prennent tout ».
Jusqu’ici, la notion d’un « Grand Israël » était principalement associée à des courants extrémistes marginaux. C’est la première fois qu’un diplomate de ce rang représentant une grande puissance semble cautionner publiquement une telle vision. Le lendemain, sur le réseau social X, Mike Huckabee a clarifié certains points abordés durant l’entretien, sans toutefois revenir sur ses propos relatifs à l’expansion territoriale.
Dans une déclaration commune, plusieurs États et organisations arabes et musulmanes ont estimé que ces affirmations contredisent « la vision proposée par le président américain Donald Trump et le plan global visant à mettre fin au conflit à Gaza », lequel repose sur la désescalade et l’ouverture de perspectives politiques crédibles en faveur de la paix. Parmi les signataires figurent notamment Ligue arabe, Organisation de la coopération islamique et Conseil de coopération du Golfe, ainsi que les ministères des Affaires étrangères de plusieurs pays, dont l’Arabie saoudite, la Jordanie, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Indonésie, le Pakistan, l’Égypte, la Turquie, la Syrie, la Palestine, le Koweït, le Liban, Oman et Bahreïn.
Les signataires dénoncent une « violation manifeste du droit international et de la Charte des Nations unies » et mettent en garde contre une « menace grave pour la sécurité et la stabilité régionales ». Selon eux, de telles déclarations attisent les tensions et constituent une incitation dangereuse. Ils réaffirment qu’Israël ne dispose d’aucune souveraineté sur les territoires palestiniens occupés ni sur quelque territoire arabe que ce soit.
Ils rejettent également toute tentative d’annexion de la Cisjordanie, toute dissociation de celle-ci de la bande de Gaza, ainsi que la poursuite de la colonisation qu’ils qualifient d’illégale. Les États concernés ont enfin exprimé leur opposition ferme à toute remise en cause de la souveraineté des pays arabes.
Dans des réactions distinctes, plusieurs capitales ont exprimé leur indignation. L’Arabie saoudite a qualifié les propos d’« irresponsables » et de « dangereux », la Jordanie y a vu une atteinte à la souveraineté des États de la région, tandis que le Koweït a dénoncé une violation flagrante des principes du droit international. De son côté, l’Égypte a rappelé qu’Israël n’exerce « aucune souveraineté » sur les territoires palestiniens occupés ni sur d’autres terres arabes. L’Autorité palestinienne a, quant à elle, estimé que ces déclarations contredisent le rejet par Donald Trump d’un projet d’annexion de la Cisjordanie.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information