Les Gardiens de la Révolution, pilier militaire et idéologique de la République islamique, ont lancé lundi 16 février d’importantes manœuvres navales dans le stratégique détroit d’Ormuz, selon la télévision d’État iranienne. Ces exercices interviennent à un moment particulièrement sensible, à la veille de nouvelles négociations entre l’Iran et les États-Unis prévues à Genève sur le dossier nucléaire.
Les forces navales des Gardiens affirment que ces manœuvres visent avant tout à garantir la sécurité dans cette voie maritime essentielle, par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial. Le détroit d’Ormuz constitue en effet un point de passage crucial pour l’approvisionnement énergétique international. Dans un contexte de tensions accrues, Téhéran entend démontrer sa capacité à sécuriser – et, implicitement, à contrôler – cette zone stratégique.
Ces exercices, dont la durée n’a pas été précisée, ont pour objectif de préparer les unités aux « menaces sécuritaires et militaires potentielles ». Ils se déroulent dans le golfe Persique et la mer d’Oman, sous la supervision du général Mohammad Pakpour, chef des Gardiens de la Révolution. Un haut responsable naval, Mohammad Akbarzadeh, a affirmé que tous les navires étrangers présents dans la région étaient placés sous « surveillance totale » et se trouvaient « à portée de la puissance défensive» iranienne, un message à peine voilé adressé aux forces occidentales.
En parallèle, le président américain Donald Trump a renforcé la présence militaire des États-Unis dans la région. Il a notamment annoncé l’envoi du porte-avions USS Abraham Lincoln, accompagné de bâtiments d’escorte, et indiqué qu’un second porte-avions, le USS Gerald R. Ford, devait rejoindre prochainement le Moyen-Orient. Washington cherche ainsi à accroître la pression sur Téhéran pour obtenir un accord sur son programme nucléaire.
L’annonce des manœuvres iraniennes a aussitôt provoqué une hausse des cours du pétrole. Les marchés redoutent une escalade militaire incontrôlée dans le Golfe, susceptible de perturber les flux énergétiques mondiaux. Le prix du Brent et celui du West Texas Intermediate ont progressé, reflétant l’inquiétude des investisseurs face au risque d’un conflit ouvert. À l’inverse, la perspective d’un compromis diplomatique pourrait atténuer cette « prime de risque » qui pèse sur les prix.
Sur le plan diplomatique, les deux pays, ennemis depuis plus de quarante ans, ont repris le 6 février des discussions à Oman, les premières depuis une confrontation militaire survenue en juin, déclenchée par Israël et brièvement soutenue par les États-Unis, qui avaient frappé des installations nucléaires iraniennes.
À la veille des pourparlers de Genève, Téhéran a salué avec prudence les signes d’une position américaine jugée « plus réaliste » sur le nucléaire. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baqaei, a estimé que l’évolution du ton américain pouvait ouvrir la voie à un compromis. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a toutefois insisté sur le refus de toute « soumission face aux menaces », affirmant se rendre à Genève avec des propositions concrètes pour un accord « juste et équitable».
L’Iran se dit prêt à envisager certains compromis, notamment une réduction du niveau d’enrichissement d’uranium et une dilution de ses stocks enrichis à 60 %. En revanche, il exclut toute discussion sur son programme balistique. Les puissances occidentales et Israël soupçonnent Téhéran de vouloir acquérir l’arme nucléaire, accusation que l’Iran rejette, revendiquant son droit, au titre du Traité de non-prolifération, à développer un programme nucléaire civil.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information