Une enquête journalistique approfondie publiée par le journal The New York Times met en lumière l’utilisation répétée par l’armée israélienne de munitions incendiaires particulièrement dangereuses contre des zones habitées au Liban. L’enquête s’appuie sur des témoignages d’experts de terrain, des rapports émanant d’organisations humanitaires internationales ainsi que sur une analyse détaillée d’éléments visuels recueillis sur les sites visés par les bombardements.
Les investigations menées sur le terrain ont relevé des panaches de fumée présentant des caractéristiques chimiques propres à ce type de munition dans la région de Nabatieh, notamment lors des opérations militaires menées aux abords de Château de Beaufort à la fin du mois de mai dernier. Des images ont également documenté une utilisation intensive de phosphore blanc dans les environs de la ville historique de Tyr, les effets des bombardements s’étendant directement aux localités d’Al-Qalaa, de Khiam et de Yohmor.
Selon les rapports techniques, l’armée israélienne utilise principalement des obus d’artillerie fabriqués aux États-Unis. Chaque projectile contiendrait environ 116 éléments imprégnés de phosphore blanc. Ces munitions sont conçues pour exploser en altitude afin de créer d’épais écrans de fumée destinés à masquer les mouvements des forces terrestres. Toutefois, leurs fragments incandescents peuvent provoquer de graves dommages humains et environnementaux lorsqu’ils retombent au sol.
L’Organisation mondiale de la santé a mis en garde contre les conséquences sanitaires particulièrement graves d’un contact avec cette substance. Selon l’organisation, le phosphore blanc peut provoquer des brûlures profondes atteignant les os et difficiles à éteindre. L’inhalation des fumées dégagées par ces munitions peut également entraîner de sévères lésions respiratoires, tandis qu’un contact avec les yeux peut causer des dommages irréversibles pouvant aller jusqu’à la perte permanente de la vue.
Dans le même contexte, l’Human Rights Watch a indiqué avoir documenté un usage étendu et injustifié du phosphore blanc dans plusieurs régions du Liban depuis le début de l’année 2024. L’organisation estime que cette pratique constitue une violation manifeste du droit international, qui interdit l’emploi d’armes incendiaires dans les zones civiles ou à proximité des populations.
Cette documentation rappelle un long historique d’utilisation de telles armes lors des précédents conflits au Liban, notamment durant l’Invasion israélienne du Liban de 1982 et la Guerre du Liban de 2006. Selon plusieurs sources historiques, Israël a continué à recourir à ces moyens militaires malgré les critiques internationales répétées et les appels à suspendre l’approvisionnement de ces munitions.
De son côté, le gouvernement libanais poursuit ses démarches diplomatiques pour dénoncer ces attaques. Depuis octobre dernier, il a adressé quatre communications officielles à l’Organisation des Nations unies et au Conseil de sécurité des Nations unies. Ces documents font état de plus de 600 incendies ayant touché les forêts et les terres agricoles du sud du Liban à la suite de bombardements au phosphore, entraînant d’importantes pertes environnementales et économiques.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information