Dans cette guerre, la protection d’Israël apparaît clairement comme l’objectif principal ; en effet, détruire l’Iran et son programme nucléaire n’a qu’une seule visée, sécuriser Israël. Le second objectif de l’Amérique, le contrôle du pétrole et la régulation de son prix devient secondaire, puisque les conséquences immédiates de cette guerre ont été la hausse incontrôlée des prix du pétrole. Pourtant Trump a fait d’un prix bas du pétrole sa priorité ; on se rappelle sa célèbre injonction aux producteurs pétroliers américains : « Pomper, pomper, pomper ».
M. C. BELMIHOUB*
La guerre au Moyen-Orient est bien réelle et elle fait rage depuis 13 jours. Tout le monde spécule sur sa durée et personne ne peut anticiper sur son vainqueur. Dans tous les cas il n’y aura pas de vainqueur ; que des perdants mais à des degrés variables. Et s’il y a un vainqueur, ça sera aussi un cauchemar pour tout le monde. Alors une guerre pour rien ! Les perdants et les gagnants ne seront pas seulement parmi les protagonistes directs ; ils seront aussi dans la périphérie de la guerre et pour certains par défaut ou par effets collatéraux. Une guerre asymétrique au plein sens du terme.
Cette guerre n’est pas le résultat d’un conflit de frontières entre voisins, les belligérants sont très loin les uns des autres (entre Israël et l’Iran, plus de 2000 kms ; entre l’Iran et les USA, plus de 10.000 Kms), ni un différend sur des intérêts économiques et encore moins un désaccord historique. Pourtant le conflit est existentiel pour les deux principaux protagonistes, Iran et Israël. Il y a et il y aura des perdants et ils seront nombreux.
Alors commençons par deux anecdotes : la première me renvoie à l’année 2002 où, à l’occasion d’un séminaire de formation organisé par l’Institut des Affaires Publiques de l’université Columbia (New York) juste quelques mois après l’attaque des Tours Jumelles dans cette même ville, nous avions reçu un membre du Conseil National américain de sécurité, pour un exposé sur les relations USA-Moyen-Orient. Sa conclusion a eu, pour nous venant de cette zone, l’effet d’une douche froide. Et le conférencier, d’un ton professoral avec une grande lucidité et sans coup férir, déclarait : « Dans cette région, l’Amérique a deux invariants ou deux constantes, ou même une doctrine sur deux sujets, quel que soit la majorité au pouvoir : la protection d’Israël et le contrôle du pétrole. Il n’y a que les formes et les moyens qui peuvent être différents pour les partis au pouvoir, l’objectif est le même. » Nous reviendrons plus loin sur l’interprétation de cette assertion dans le contexte de la crise actuelle au Moyen-Orient.
La deuxième anecdote est une déclaration du Président français, J. Chirac (1995-2002) : « Je pensais autrefois qu’Israël était le 51ème Etats des Etats-Unis, mais après ces deux visites, j’ai découvert que les Etats-Unis ne sont rien de plus qu’une province gouvernée par Israël. »
Les invariants ou les constantes (ou même les objectifs) des USA dans la région donnés par la première anecdote sont en parfaite cohérence avec la deuxième anecdote ; sauf un petit inversement des rôles, c’est Israël qui commande. L’objectif est le même : la protection d’Israël. Le commandement des états-majors interarmées des Etats Unis a officiellement limogé le colonel Nathan McCormack de son poste au sein du Comité des chefs d’état-major interarmées pour avoir qualifié Israël de « culte de la mort » et déclaré que l’Amérique « agissait comme un mandataire pour Israël ». Par contre l’Amérique ne peut plus protéger les pays arabe du Golfe et pourtant ils ont payé chèrement cette protection. Finalement, avoir des bases militaires américaines sur son territoire ne sert pas à grand-chose, au contraire le pays d’accueil devient une cible. Pourquoi ce « deux poids deux mesures » de la part des USA, celui qui paie n’est pas protégé alors que celui qui ne verse rien est fortement protégé ? Les américaines commencent à voir plus clair la relation USA-Israël et ses conséquences sur leur porte-monnaie, à commencer par le prix du gallon d’essence.
Dans cette guerre, la protection d’Israël apparaît clairement comme l’objectif principal ; en effet, détruire l’Iran et son programme nucléaire n’a qu’une seule visée, sécuriser Israël. Le second objectif de l’Amérique, le contrôle du pétrole et la régulation de son prix devient secondaire, puisque les conséquences immédiates de cette guerre ont été la hausse incontrôlée des prix du pétrole. Pourtant Trump a fait d’un prix bas du pétrole sa priorité ; on se rappelle sa célèbre injonction aux producteurs pétroliers américains : « Pomper, pomper, pomper ».
Trump a avalé son objectif des prix bas du pétrole ; aujourd’hui le baril affiche 102 $. L’Iran a compris cette logique et il a attaqué les pays pétroliers et gaziers du Golfe. Il a visé deux objectifs : cibler les bases militaires américaines pour les pousser à partir et détruire les installations énergétiques pour créer la crise sur les marchés mondiaux et ainsi affecter l’économie mondiale dans sa globalité, internationaliser le conflit en somme. La fermeture du détroit d’Ormuz procède de la même logique. L’américain paie son énergie plus chère pour la sécurité et le bien-être d’Israël. Nos deux anecdotes se vérifient aisément dans le contexte de cette guerre contre l’Iran. Les puissances économiques, comme la Chine et l’Europe vont-elles réagir lorsque le prix du pétrole dépassera les 120 ou les 150$ ? Rien n’est moins sûr, surtout pour l’Europe. La Chine, encore pas prête et surtout enfermée dans sa doctrine de ne jamais envoyer son armée hors de ses frontières, réagira certainement par des actions économiques comme l’interdiction d’exportation des matières rares vers les Etats-Unis.
Cette guerre, la plus grande depuis la seconde guerre mondiale, redéfinira le nouveau monde, accélèrera les nouvelles alliances et annoncera de nouvelles ruptures.
Mais la grande Amérique est réduite à un sous-traitant d’Israël. Grandeur et décadence d’une grande Nation.
*Professeur d’Economie et de Management et ancien Ministre