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États-Unis : les démocrates reprennent le contrôle du Congrès

Les démocrates ont remporté les élections de mi-mandat aux États-Unis, s’emparant de la majorité dans les deux chambres du Congrès, la Chambre des représentants et le Sénat. Une lourde défaite pour les républicains et un sérieux revers pour Donald Trump, qui risque désormais de voir son programme législatif considérablement entravé durant les deux dernières années de son mandat présidentiel.

Cette victoire confère aux démocrates un important pouvoir de blocage sur les initiatives législatives du président américain. Ils pourront également s’opposer à ses nominations au sein de l’administration fédérale et de l’appareil judiciaire, compliquant davantage la mise en œuvre de sa politique.

Les résultats du scrutin traduisent un profond mécontentement populaire face à la hausse du coût de la vie, aux droits de douane imposés par Washington et à la guerre contre l’Iran, qui a provoqué une flambée des prix des produits pétroliers. Autant de facteurs qui ont contribué à faire chuter la popularité du président à son niveau le plus bas.

Au Texas, où les démocrates célébraient la victoire de James Talarico au Sénat, une électrice, Kathy Jacquay, n’a pas caché son émotion. « J’ai envie de pleurer. C’est formidable. Nous pouvons reprendre notre pays », a-t-elle déclaré.

Face à l’ampleur de la défaite, Donald Trump a adopté un ton conciliant, affirmant au New York Times qu’il était « tout à fait prêt à accepter ces résultats » et qu’il comptait travailler avec les démocrates pour parvenir à des compromis. Sur Fox News, il a reconnu que ses adversaires avaient « très bien réussi », tout en estimant que la guerre contre l’Iran avait contribué, en partie, à ce revers électoral.

De son côté, le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a estimé que ceux qui espèrent un changement de comportement des États-Unis à la faveur d’une alternance politique ou de concessions diplomatiques commettent « une grave erreur ». Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a pour sa part interprété le résultat comme un « non à la guerre » exprimé par les électeurs américains.

Des victoires jusque dans les bastions républicains

L’ampleur de la percée démocrate s’est particulièrement manifestée dans des États traditionnellement acquis aux républicains, notamment la Caroline du Sud, la Caroline du Nord, l’Iowa, le Kansas, l’Ohio et le Maine.

L’une des principales surprises est venue de Caroline du Sud, où la pédiatre démocrate Annie Andrews a battu Darlene Graham, candidate républicaine soutenue par Donald Trump. Cette dernière avait été désignée pour succéder à son frère, le sénateur Lindsey Graham, décédé en juillet. Les démocrates n’avaient plus remporté de siège au Sénat dans cet État conservateur depuis 1998.

En Caroline du Nord, l’ancien gouverneur démocrate Roy Cooper a également remporté le siège occupé par Michael Whatley, personnellement choisi par Donald Trump. Dans le Kansas, Adam Hamilton a créé la surprise en battant le sénateur républicain sortant Roger Marshall, devenant ainsi le premier démocrate à remporter ce siège depuis 1932.

Au Texas, James Talarico a lui aussi remporté la course au Sénat. Dans l’Ohio, Sherrod Brown a battu le républicain Jon Husted au terme d’une compétition serrée. Dans le Maine, Troy Jackson a défait la sénatrice républicaine Susan Collins, tandis qu’en Indiana, Jay D. Ford a remporté son duel face à la représentante républicaine Victoria Spartz.

La Géorgie a également enregistré un résultat historique avec la victoire de l’ancienne maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms, qui devient la première femme noire élue gouverneure dans l’histoire des États-Unis, mettant fin à 24 années de domination républicaine à ce poste.

Les démocrates ont par ailleurs conservé plusieurs sièges stratégiques au Sénat, notamment en Géorgie, où Jon Ossoff a obtenu un nouveau mandat, et dans le New Hampshire, où Chris Pappas est devenu le premier homme ouvertement homosexuel élu à la chambre haute du Congrès.

Dans le Michigan, Abdul El-Sayed, d’origine arabe, a battu l’ancien représentant républicain Mike Rogers, devenant le premier musulman élu au Sénat américain. « Nous l’avons fait ! », a-t-il lancé à ses partisans réunis à Détroit. Sa victoire intervient malgré un coup dur survenu pendant sa campagne, après que la représentante démocrate Haley Stevens a annoncé son soutien à son adversaire républicain.

Le Parti démocrate a également enregistré des gains en Pennsylvanie, au Kentucky, en Arizona, dans le Wisconsin et au New Jersey, remportant notamment des circonscriptions largement acquises à Donald Trump lors de la présidentielle de 2024.

Pour Todd Belt, professeur à l’université George-Washington, ces résultats constituent « un coup sévère et un rejet clair de Donald Trump et de ses politiques », a-t-il déclaré à l’AFP.

Une fin de mandat sous pression

La nouvelle configuration du Congrès ouvre désormais aux démocrates la possibilité de lancer ou d’intensifier des enquêtes parlementaires sur la guerre contre l’Iran, la politique migratoire de l’administration Trump ainsi que les accusations de corruption visant des responsables de son entourage.

Le chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, pressenti pour en prendre la présidence dans la prochaine législature, a promis de demander des comptes aux responsables qu’il accuse d’avoir conduit le pays vers « des niveaux de corruption sans précédent ».

Il a également dénoncé les responsables qui, selon lui, utilisent leurs fonctions pour enrichir leurs familles, leurs proches ou leurs soutiens financiers, au détriment de l’amélioration des conditions de vie des Américains. S’il est élu président de la Chambre, Jeffries deviendrait le premier Afro-Américain à occuper cette fonction.

Malgré ses déclarations conciliantes, Donald Trump n’entend toutefois pas céder du terrain. Dans une publication sur les réseaux sociaux, il a rappelé qu’il comptait utiliser son droit de veto pour bloquer les projets de loi défendus par les démocrates, accompagnant son message d’une image représentant une casquette de baseball portant simplement l’inscription « Veto ».

Cette victoire démocrate annonce ainsi une nouvelle phase de confrontation institutionnelle à Washington, susceptible de compliquer considérablement les deux dernières années de la présidence Trump.

R.I

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