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Le pétrole et l’OPEP face aux nouvelles données économiques et géopolitiques

Jusqu’aux années 70, le pétrole était totalement entre les mains des compagnies occidentales (d’abord britanniques, hollandaises, françaises, puis surtout américaines). Les pays détenant le sol (souvent encore colonisés) ne recevaient que quelques royalties en contrepartie de l’exploitation des champs pétroliers. Les profits encaissés par les compagnies étaient les plus élevés de toutes les activités économiques.

Par Mohamed Chérif Belmihoub*

Depuis plus d’un siècle que le pétrole domine la scène économique mondiale. Son extraction, son transport, sa commercialisation, ses prix ont fait l’objet de milliers de travaux académiques, des tonnes de rapports institutionnels, des comptes-rendus des services de sécurités, des milliers de réunions, de colloques, de conférences. Aucune autre matière première n’a eu cette aura, ce statut, cette influence, ce pouvoir, cette valeur symbolique et même mythique. Il a été à l’origine de fortunes colossales, mais aussi des guerres et des conflits dans le monde. Producteurs et consommateurs sont les deux faces d’une même pièce. L’Amérique, bien entendu, était au centre de toutes ces questions ; le pétrole renvoie au Texas et aux équipements spécifiques comme les Derrick, l’Arbre de Noël, Pumpjack.

Aujourd’hui encore cette puissance est réelle. Le golf arabique est la région qui a été le plus façonnée par la découverte du pétrole. De bédouins éleveurs et pécheurs, ils sont devenus de grands investisseurs dans le monde. Des Oasis sont devenues de grandes métropoles, mondialisées et de véritables Smart Cities. 

Jusqu’aux années 70, le pétrole était totalement entre les mains des compagnies occidentales (d’abord britanniques, hollandaises, françaises, puis surtout américaines). Les pays détenant le sol (souvent encore colonisés) ne recevaient que quelques royalties en contrepartie de l’exploitation des champs pétroliers. Les profits encaissés par les compagnies étaient les plus élevés de toutes les activités économiques.

Au début des années 70, les États propriétaires des champs ont pris conscience de cette situation de spoliation de leurs richesses nationales. Ils se sont organisés en Association (Opep : Organisation des Pays Producteurs de Pétrole). Cette prise de conscience a conduit à la nationalisation, dans certains cas, des compagnies occidentales et la création de sociétés publiques nationales. Le cas algérien est exemplaire dans son genre. Une compagnie a été créée en 1964, à peine deux années après l’indépendance, et une nationalisation des activités liées aux hydrocarbures a été menée de main de maître en 1971. L’Iran a été pionnier dans cette démarche de récupération des ressources naturelles par la nationalisation des activités et des biens de l’Anglo-Iranian Oil Company en 1951. Mais cette action n’a pas duré longtemps avec la résistance des britanniques et la puissance de nuisance des USA qui soutiennent leur allié britannique mais acceptent la nationalisation, car ils veulent prendre le contrôle du pétrole iranien sur le modèle du contrat avec l’ARAMCO séoudienne.

Durant les années 70 et début 80, L’OPEP, composée des États, n’agissait qu’indirectement. Le vrai pouvoir était encore entre les mains des compagnies pétrolières qui contrôlaient les prix, les investissements, le développement et les royalties versées aux États. Ce n’est qu’à la suite de la guerre de 1973 (guerre israélo-arabe) que l’OPEP a affiché sa volonté d’un contrôle effectif sur les ressources pétrolières. Sa première action était l’organisation d’un embargo sur le pétrole à destination des pays occidentaux soutenant Israël, suivie par une augmentation du prix de pétrole de 70% et une diminution de la production de 5% par mois.

C’est à partir de cette date que l’OPEP est devenue un Cartel au sens économique du terme ; elle est devenue aussi l’organisation à abattre pour les USA. Elle a fait les grands moments du pétrole dans l’arène internationale et sur les marchés. Dans les années 2000, elle a commencé à perdre de son influence et a vu certains membres quitter pour diverses raisons, mais souvent par l’influence américaine et par des intérêts égoïstes.  Elle a fonctionné sur le système des quotas pour réguler le marché en agissant sur l’offre. Ce qui n’était pas du goût de certains pays. Ainsi des pays comme le Gabon (puis réintégré), l’Indonésie (2016), le Qatar (2019), l’Angola (2024) ont quitté l’Organisation. Le dernier pays qui vient de quitter l’organisation est les Émirats Arabes Unis (Mai 2026). Parallèlement à ces départs, il y a eu la mise en place d’une alliance entre les pays OPEP et des pays non membres (OPEP+, 2016). Au total l’alliance compte 22 pays (12 membres de l’OPEP et 10 hors-OPEP). Parmi ces derniers, il y a la Russie.  Les objectifs de l’alliance OPEP+ demeurent la régulation du marché par le système des Quotas de production. Ce système est depuis des années une source de différends entre les Émirats arabes unis (EAU) et l’Arabie saoudite, le pays le plus puissant de ce Cartel des pays producteurs de pétrole. Les EAU ont massivement investi pour développer leur industrie pétrolière et accroître leur part de marché, (environ 135 Mds de $ au cours des 5dernières années) mais s’estiment freinés par la limitation de leur production. Ils ont annoncé, le jour même de leur sortie de l’OPEP, un investissement de 55 Mds de $). Les EAU produisent actuellement environ 3,2 à 3,6 millions de barils par jour en suivant des quotas, mais disposent en réalité d’une capacité excédentaire de près de 4,8 millions barils par jour, explique l’agence de presse Reuters. Abou Dhabi ambitionne ainsi une augmentation de la production pour passer à 5 millions de barils par jour à l’horizon 2027.

Les arguments des EAU pour justifier leur retrait sont en apparence purement économiques et financiers. Ils souhaitent avoir un retour sur investissement rapide pour financer leur diversification économique et la transition énergétique.

Cette sortie arrange les affaires de Trump qui a toujours milité pour torpiller l’organisation et ainsi isoler les pays pour atomiser l’offre sur le marché. Une offre additionnelle par les EAU sur le marché impactera certainement les prix, pas dans le contexte du conflit USA-Iran mais après. Sur un autre plan, cette sortie confirme et renforce l’axe EAU-Israël-Inde.

Les années à venir seront difficiles pour l’organisation dans un contexte géopolitique très conflictuel. A moyen terme certains pays OPEP+ exprimeront le souhait de relever ou de supprimer les quotas pour satisfaire des besoins de financement. Ce sont généralement les pays qui ont des réserves importantes (Iran, A-S, Nigéria, Russie, RDC, Irak…) qui vont revendiquer ce déplafonnement. Les pays à potentiel modéré en seront les plus affectés ; eux ils militent pour un prix élevé pour tirer le maximum de revenu des capacités disponibles. Heureusement que le gaz suit une autre logique, même si certains contrats sont indexés sur le pétrole.

La Libye vient de signer (28 Avril 2026) avec Chevron, un accord stratégique pour exploiter le gaz et le pétrole de schiste. L’étude couvre trois bassins sédimentaires majeurs : Syrte, Merzuq et Ghadames. Les estimations donnent un potentiel d’environ 123 trillions de pieds-cubes de gaz et près de 18 Mds de barils de pétrole. (Source : Or Noir Africa, 5 mai 2026).   

* Proffesseur d’économie et ancien ministre

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