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Tebboune rendra visite la mi-juin à une France désorientée

Les relations entre l’Algérie et la France sont désormais inscrites dans la dynamique qui fera désormais tourner la planète, loin des a priori postcoloniaux.

Initialement prévu au mois de mai, le voyage d’Abdelmadjid Tebboune en France a été reporté à la mi-juin, selon un communiqué de la Présidence qui a suivi l’appel téléphonique, hier, du chef de l’Etat français.  

Emmanuel Macron a profité des vœux adressés au président de la République et au peuple algérien à l’occasion de l’Aïd El Fitr pour évoquer cette visite ainsi que les relations bilatérales «et les moyens de les renforcer», a ajouté le document.

L’annonce a battu en brèche les spéculations qui ont fleuri en particulier dans la presse et les salons parisiens sur un probable retour de tensions entre les deux pays. Certains sont allés jusqu’à déterrer les querelles historiques pour prouver l’impossibilité d’une conciliation entre l’Algérie et la France. D’autres, comme le Figaro Magazine, ont sorti la rengaine de l’incompatibilité d’humeur entre les démocraties et ce qu’ils considèrent de leur point de vue être des dictatures. Le journal, même après avoir pris connaissance du maintien de la visite de Tebboune en France, a utilisé des formules paternalistes, à la limite des insultes formulées lors des «temps bénis des colonies», pour parler de l’Algérie, pays souverain, membre de l’Onu où vivent près de 50 millions d’habitants.

Dans cette optique, l’organe de droite a tendu le micro a, un soi-disant un représentant du Hirak à Paris pour qu’il donne une version digne des nostalgiques de l’Algérie française. «Pour la très grande majorité des Algériens, le problème n’est plus la colonisation : c’est soixante ans de dictature du FLN qui ont gâché les chances d’une décolonisation heureuse», a affirmé cet opposant inconnu au bataillon.

C’est pourtant la majorité des Français qui accusent aujourd’hui leur système de gouvernement de dictature qui ne veut pas les écouter. Le bras de fer autour de la réforme de la retraite adoptée après un passage en force de l’exécutif et l’échec d’une motion de censure introduite par l’opposition rejetée à neuf voix près.

Depuis des mois, la France donne d’elle-même une image pitoyable à l’étranger y compris chez ses proches alliés et associés qui ne comprennent pas l’obstination de son gouvernement à passer outre la volonté de l’écrasante majorité de ses citoyens. Pour exercer leur liberté d’expression, ceux-ci ont transformé les rues de Paris en un dépotoir à ciel ouvert animé par des poubelles en feu et des affrontements violents.

C’est d’ailleurs cette atmosphère de désordre et de colère qui a conduit à l’annulation du roi de Grande-Bretagne, il y a de cela quelques semaines. Et c’est ce chaudron qui risque de déborder le premier mai, à l’occasion de la Fête du travail, que l’opposition et les syndicats veulent marquer par une mobilisation générale afin de tordre le bras d’Emmanuel Macron. C’est aussi ce contexte qui explique le report du voyage du président de la République initialement prévu au mois de mai.

Au regard de la situation actuelle en Europe, en France particulièrement, C’est les autorités françaises qui ont intérêt à gagner l’Algérie. Pris entre les mâchoires de la guerre en Ukraine, les pressions américaine, l’égoïsme allemand et la montée en puissance des anciennes républiques socialistes de l’est, l’Elysée doit savoir où son intérêt se trouve.

Ayant perdu pied en Afrique subsaharienne au profit de nouveaux joueurs, la Chine et la Russie en tête, ce pays qui s’est volontairement désindustrialisé serait avisé d’établir de nouvelles relations avec l’Algérie sur des bases plus saines.

Le monde a radicalement changé ces trois dernières années. La France apparaît comme l’un des plus grands perdants de ce bouleversement historique. Les Etats-Unis ont définitivement vassalisé l’Union européenne où Paris joue maintenant un rôle secondaire. Son arrogance postcoloniale a, d’autre part, fini par éteindre son influence traditionnelle sur l’Afrique. Les rapports entre Alger et Paris s’inscrivent dans ce cadre et doivent évoluer à la lumière de la nouvelle dynamique qui fera désormais tourner la planète.

Ali Younsi-Massi   

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