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Solidarité de la diaspora avec les malades du Covid-19 : l’administration privilégie la procédure au sentiment

Face à la mobilisation des émigrés pour secourir les malades du Covid-19, le ministère des Affaires étrangères a décidé de canaliser l’opération en la soumettant à des conditions. Il n’a pas hésité de s’accaparer les prérogatives d’autres institutions et de provoquer le ressentiment au sein de l’opinion.

Certains craignaient que les Douanes aillent bloquer ou, du moins, ralentir les aides spontanées collectées et acheminée au pays par la diaspora en faveur des personnes souffrant d’insuffisance respiratoire liée au Covid-19. Curieusement, c’est le ministère des Affaires étrangères qui, par le biais de son ambassade parisienne, a pris les choses en main en fixant des conditions à cet élan de solidarité.

“Les initiateurs d’opération de collecte et d’acheminement de dons sont tenus de prendre attache avec les représentations consulaires territorialement compétentes à l’effet de solliciter la délivrance de l’Autorisation d’acheminement de dons”, a décrété la mission. Il s’agit, entre autres, de fournir un dossier et d’accepter que le ministère de la Santé, à travers la Pharmacie Centrale, soit “le seul et unique destinataire des dons recueillis”. Celui-ci “se charge de la répartition du matériel médical, des consommables et produits pharmaceutiques collectés selon son évaluation des besoins au niveau national”. Le ton est sec, ordonnateur et souverain. L’initiative est donc acceptée, sous réserve d’être agréée et contrôlée, de bout en bout, par les autorités.

Il est vrai que le département de Ramtane Lamamra a le vent en poupe en ce moment. Il est sur tous les fronts et joue à l’échelle du continent pour rappeler aux amis et aux ennemis que l’Algérie demeure active sur le plan international jusqu’à intercéder dans la prévention des conflits régionaux. Elle est donc capable de faire face à ses propres problèmes. Il est vrai aussi que le portefeuille des AE inclut la Communauté nationale à l’étranger. Sauf que, dans le cas d’espèce, les expatriés ne réclament rien pour eux-mêmes. Ils se sont mobilisés pour secourir leurs compatriotes en danger de mort faute de moyens de prise en charge des malades dans les hôpitaux ou à leur domicile.

Aussi la récente sortie de la chancellerie algérienne en France peut s’apparenter à un empiétement sur les prérogatives de plusieurs autorités. D’abord, le ministère de la Santé qui, dans l’urgence et à titre exceptionnel, a autorisé l’importation de condensateurs d’oxygène et de traitements liés à la lutte contre l’épidémie par des particuliers. Les services d’Abderrahmane Benbouzid viennent de subir, de la part d’une ambassade, ce qu’on peut aisément qualifier de camouflet.

Motus et bouche cousue

Le ministère de la Solidarité nationale a, pour sa part, préféré ignorer l’affaire et garder le silence comme il l’a fait en pleine tempête delta. Kaoutar Krikou s’est abstenu de produire la moindre déclaration ou d’annoncer la plus petite initiative pour tenter d’atténuer les effets de la crise de l’oxygène, la rareté des places dans les hôpitaux ou, encore, la pénurie du Lovenox.

Un autre haut fonctionnaire a, de même, observé le motus et la bouche cousue alors que son rôle au sein de l’Etat lui confère l’obligation de monter au créneau dans de telles situations. Nazih Benramdane, le sémillant conseiller du président de la république, chargé du mouvement associatif et de la communauté nationale à l’étranger, semble avoir changé de vocation. Pourtant, en tant qu’œil et oreille de Tebboune dans ce genre de question, c’était à lui de trouver la solution pour concilier l’urgence sociale et l’urgence politique.

Une opportunité que Saïda Benhabylès, la présidente du Croissant rouge algérien, a saisi justement pour faire de la politique. Soumise à un feu nourri de critiques, la responsable de la plus grande institution humanitaire du pays a contre-attaqué en affirmant que son organisation fait l’objet d’une campagne menée par les adeptes d’une certaine idéologie, sans indiquer qui était cette partie. “Les attaques viennent de gens que nous avons combattu et chassés du CRA”, a-t-elle ajouté, laissant dans le flou l’identité de ses détracteurs.

Quoi qu’il en soit, la gestion purement administrative et procédurière du formidable sursaut des Algériens de l’extérieur pour assister de manière concrète et efficace leurs compatriotes a suscité une forte émotion dans l’opinion. Dans les discussions réelles ou virtuelles, le sujet est en tête des centres d’intérêt. A moins d’un mois de la rentrée sociale, on ne mesure pas encore l’impact des événements affolants de la crise de l’oxygène sur l’esprit des citoyens pour lesquels, août 2021, restera comme l’un des souvenirs les plus terrifiants et les plus douloureux.

Mohamed Badaoui

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