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Production statistique en Algérie : le recensement 2022 tarde à livrer ses secrets

Mené du 25 septembre au 16 octobre 2022, soit depuis environ 11 mois, le 6ème Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) n’a pas encore livré ses secrets alors que l’Algérie est la veille de la rentrée sociale et scolaire.

Les Algériens ne savent toujours pas combien ils sont en 2023, ni comment ils se répartissent par sexe, par âge et par catégories socio-professionnelles. Les résultats du Recensement général de la population (RGPH) de 2022 n’ont, jusqu’à présent, pas été publiés.

Les données définitives devaient paraître en avril ou en mai. L’annonce en a été faite en Conseil des ministres en février dernier. L’instance avait d’ailleurs programmé une séance “dans les deux mois à venir, pour présenter les résultats définitifs de l’opération de Recensement”, lit-on dans son communiqué datant du 5 février dernier. “Les résultats de ce Recensement seront exploités dans le cadre des stratégies de planification gouvernementale dans différents secteurs, notamment au volet socioéconomique”, selon le même texte.

L’édition de 2022 du RGPH a, pourtant, utilisé une véritable armada formée par plus de cinquante-et-un mille enquêteurs, huit mille suppléants en réserve en cas de défection d’un agent, deux mille encadreurs pour collecter des données cruciales pour la gestion du pays.

L’opération a, en outre, bénéficié, pour la première fois, d’outils numériques portatifs et de nouvelles technologies de l’information, dont 57000 tablettes intelligentes équipées de cartes SIM de 4ème génération. Un équipement qui a coûté la bagatelle de cinq milliards de dinars, dont un milliard pour l’achat des tablettes.

Tout porte donc à croire que ce n’est pas tant la logistique qui est la cause du retard qu’accuse la divulgation des premières conclusions, mais une organisation du travail lacunaire pendant la récolte et le traitement des informations.

Rentrée sociale et scolaire   

Sauf que la vie ne s’arrête pas. La rentrée sociale et scolaire a lieu dans quelques jours mais le tableau de bord qui permet de mesurer les besoins de la société dans divers domaines (notamment l’emploi et l’éducation), et de cartographier sa répartition spatiale ainsi que sa mobilité se fait encore désirer. Conséquence, les chiffres qui doivent guider l’action des pouvoirs publics ont maintenant tous vieilli et ne survivent que grâce à de multiples pondérations et des approximations. 

D’autant plus que cet outil statistique indispensable a été gelé pendant 14 ans sous l’effet de plusieurs événements, notamment la crise politique de 2019, puis celle sanitaire de 2020 à 2021.

Le dernier RGPH remonte à l’année 2008 quand la taille de la population algérienne était de 34,5 millions d’habitants, bien que des estimations évaluent le nombre actuel des Algériens dans une fourchette comprise entre 42 et 45 millions d’âmes. Cette grandeur se base sur une moyenne annuelle de croissance de plus 25 habitants pour mille qui donne environ 1 million de nouveau-nés, grâce à un taux de fécondité de moins de 3 enfants par femme.

RGPH ou pas, il est de toute façon rare de trouver des données fraîches et des études récentes sur des phénomènes et des évolutions démographiques importantes. Même les sites officiels, affichent des statistiques souvent périmées ou du moins si anciennes qu’il est difficile d’en tirer des analyses sérieuses.

Étant, en quelque sorte, la carte-mère de tous les inventaires d’où il est possible d’extraire une multitude d’éléments pour mener des enquêtes plus affinées, le RGPH n’est cependant pas le seul instrument de sondage susceptible d’avoir une image plus ou moins fidèle sur l’état de la population.

Les études sectorielles, spécialisées, conjoncturelles, les sondages d’opinions, les enquêtes sociologiques, psychologiques et toute une panoplie de baromètres qui ailleurs tâtent continuellement le pouls des groupements humains sont peu courants en Algérie.

La politique sociale et même économique du pays semble donc s’appuyer sur des calculs imprécis du moment que les chiffres les plus récents remontent à un lointain passé si on prend comme référence la demande sociale et la vitesse de transformation de la société.

Mourad Fergad

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