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Procès d’Ali Haddad : main basse sur les marchés publics

Le procès de l’homme d’affaires, Ali Haddad, s’est poursuivi aujourd’hui au tribunal de Sidi M’hamed d’Alger, après avoir été interrompu suite au décès de Laifa Ouyahia, l’avocat et frère de l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Lors de l’audience , Ali Haddad a nié toutes les accusations de corruption et de dilapidation des deniers publics, portées à son encontre.
Le juge, lui, a précisé qu’il est à la barre en sa qualité de principal accusé, et est poursuivi pour corruption dans le cadre des contrats qu’il avait pu obtenir dans les secteurs des travaux publics, l’hydraulique, l’agriculture et le financement de la campagne présidentielle de Bouteflika. En effet,  Ali Haddad a décroché 452 crédits bancaires pour un montant de 211 000 milliards de centimes, dont 167 000 milliards de centimes, soit 83%, ont été accordés par des banques publiques, à leur tête le CPA (Crédit populaire d’Algérie), avec 73 000 milliards de centimes, soit 43% des montants prêtés.
En réponse aux accusations du juge, l’ancien patron des patrons et propriétaire de l’ETRHB affirme que son épouse n’a jamais versé dans la corruption et qu’il a tout fait pour renforcer l’économie nationale. Le juge interroge Ali Haddad sur l’hôtel acheté en Espagne et s’il avait informé les impôts de la transaction. Haddad dit ne pas savoir qu’il fallait les informer mais «j’ai donné tous les détails aux gendarmes lors de l’enquête préliminaire». Il dira au juge qu’il n’a pas fait sortir un seul dinar pour l’achat de cet hôtel. L’opération, selon ses déclarations, s’est faite grâce à des prêts bancaires entre 2011 et 2018 suite à une intervention d’un ami (lequel ?). Il dira également que l’hôtel a bien fonctionné de 2011 à 2017 avec des bénéfices. Mais « j’étais amené à faire d’autres prêts bancaires pour honorer les dettes…en 2019, je devais encore 12 millions d’euros à la banque et 05 millions à une personne. »   Ali Haddad dira qu’il a acheté l’hôtel à 45 millions euros. A la lecture de l’arrêt de renvoi, on apprend que l’homme d’affaires avait réellement la main basse sur les marchés publics et les crédits bancaires. Ainsi, de l’année 2000 jusqu’à 2019, le groupe ETRHB a bénéficié de 124 marchés publics (dont la plus grande partie entre 2012 et 2018), d’un montant de 78 410 milliards de centimes. Le secteur des travaux publics vient en première position, avec 99 marchés, pour une enveloppe de 56 430 milliards de centimes, suivi de l’hydraulique avec 23 marchés d’un montant de 21 719 milliards de centimes, puis de l’énergie et des mines avec 2 marchés de plus de 261 milliards de centimes. L’arrêt de renvoi, qui cite l’enquête préliminaire, évoque aussi les marchés obtenus par l’ETRHB, avec des sociétés étrangères dont  le portugais Teixeira, les turcs Mapa et Ozgun, les chinois CSCEC et Chec, l’italien Rizzani Todini, les espagnoles Ofcc, Inerica, Enyse, comme chefs de file et qui auraient bénéficié des plus grands montants transférés à l’étranger. Ils concernent de nombreuses réalisations majoritairement non achevées, avec de nombreux avenants ayant fait exploser les coûts. Le cas de la ligne du tramway Alger-Est, confiée à l’ETRHB, avec Meditrail et Alstom comme chefs de file, pour un montant de 3263 milliards de centimes, dont une grande partie, soit 2300 milliards de centimes, transférée en devises. Après 19 avenants, le coût de cette réalisation a connu une hausse de 88% du montant initial, avec un retard de 9 ans.

 Idir D.

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