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L’Afrique, ce continent faire-valoir

Par Anouar El Andaloussi

Les enjeux géopolitiques et économiques en Afrique font l’actualité. Ce continent longtemps ignoré sur la scène internationale, et même par eux même. Tout se passe comme si l’Afrique était un objet désincarné, un trésor à cacher, un faire-valoir pour attaquer l’autre, le concurrent, un terrain pour mesurer la misère par les institutions internationales ou multilatérales, mais jamais comme un territoire avec des habitants, une histoire, une population nombreuse et en croissance… Les Etats formés au lendemain des indépendances et surtout les systèmes de pouvoir à leurs têtes sont souvent des appendices de centres de décision qui se trouvent ailleurs, princiaplement en Europe et princiaplement en France et en Grande Bretagne, avec toutefois de grandes différences sur la manière de maintenir un néocolonialisme entre Paris et Londres. Si la finalité est la même : maintenir un contrôle sur les ressources naturelles, les démarches sont plutôt différentes. Les anglais accordent plus d’autonomie à leurs anciennes colonies dans le cadre du Commonwealth, alors que les français maintiennent une supervision directe à travers des instruments très puissants comme la mise en place d’un cadre politico-institutionnel, le contrôle de la monnaie ou les multiples accords qui leur donnent des droits exorbitants.

L’irruption du Sahel sur la scène internationale a été provoquée par les actions terroristes dans cette zone. Ni les pouvoirs en place, ni la force française sur place n’ont pu contenir la déferlante terroriste. On a découvert la faiblesse des forces armées locales, réduites à un contrôle de police et à la protection des dirigeants installés dans des conditions douteuses et prêts à tous les compromis et toutes les compromissions.  Aujourd’hui, les africains, et particulièrement les sahéliens, découvrent qu’ils manquent de tout et même leur sécurité n’est plus assurée. Ils découvrent aussi qu’ils sont assis sur des réserves colossales de matières premières des plus nobles et des plus indispensables pour la nouvelle économie post-industrielle (l’Uranium, les terres rares, et d’autres minéraux de premier ordre). L’Afrique devient un véritable enjeu minier (pour reprendre l’expression de l’éminent économiste, feu F. Yachir qui a publié un livre en 1982 sur justement « les enjeux miniers en Afrique).

“Le pillage de l’Afrique”, titre El Independiente, (un site d’information espagnole) qui estime que l’irruption de l’Afrique dans une actualité internationale brûlante est aussi un indice de l’importance des matières premières de ce continent. L’instabilité institutionnelle qui essaime au Sahel et les guerres qui déchirent le continent sont autant de batailles d’influence pour un contrôle direct des ressources. Il souligne que “le grand paradoxe de l’Afrique”, continent qui regorge de richesses mais dont la population connaît, dans beaucoup trop de pays, une pauvreté chronique. Il y a de l’uranium au Niger, du pétrole en Libye, du gaz naturel en Algérie, de l’or et du fer en Mauritanie, du coltin en République du Congo. La plupart de ces minerais sont exploités par des sociétés étrangères, qui en retirent plus de 80 % des bénéfices. Pour El Independiente, le modèle économique et social imposé à l’Afrique depuis la décolonisation, et qui perdure encore, ne fait que contribuer à l’instabilité chronique de certains États »

Les coups d’État en série qui touchent l’Afrique de l’Ouest depuis 2020 traduisent l’épuisement de l’architecture politico institutionnelle des pays issus de la décolonisation française.

Der Spiegel, fait le commentaire suivant sur le dernier coup d’Etat eu Gabon : « Ce pays riche en matières premières incarne mieux que tout autre la Françafrique : les liens politico-économiques funestes entre la France et ses anciennes colonies africaines. Derrière une façade démocratique, ce tissu de corruption sert avant tout les entreprises françaises. Mais son heure semble bel et bien avoir sonné. Ces derniers temps, Ali Bongo avait pris ses distances avec Paris, et Paris avec lui.  Mais l’héritage du père est encore vivace. Bongo père aurait eu un jour cette formule : “L’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant.” Une formule d’un autre temps. L’époque française sur le continent africain touche en effet à sa fin ». Les africains doivent conduire eux-mêmes leur voiture qui roule avec leur carburant.

Mais ces coups de force ouvrent-t-ils de nouvelles perspectives pour les pays du Sahel. ? Toute la question est là.  Les Européens ne délèguent plus leurs politiques africaines à la France, chacun doit défendre ses intérêts, mais les africains sont-ils prêts à défendre les leurs face à de multiples partenaires qui se présentent à eux : Chine, Allemagne, Russie, Turquie, USA…

L’Algérie a sa place dans cette zone, elle dispose de plusieurs options pour la fructifier : l’occuper seule ou la monnayer avec un partenaire plus puissant. Ne pas exploiter cette opportunité est la plus mauvaise des options.

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