Un nouveau gouverneur face aux défis du dinar et de l’inflation
Mohamed Lamine Lebbou a été officiellement nommé gouverneur de la Banque d’Algérie à l’issue du Conseil des ministres tenu le 23 février, marquant une nouvelle étape à la tête de l’institution monétaire. Il succède à Salah Eddine Taleb, dont les fonctions avaient pris fin le 4 janvier sur décision du président Abdelmadjid Tebboune. Durant la période transitoire, l’intérim a été assuré par le vice-gouverneur Mouatassim Boudiaf, garantissant la continuité de l’action de la banque centrale.
En vertu de la législation relative à la monnaie et au crédit, le gouverneur de la Banque d’Algérie est chargé de mettre en œuvre la politique monétaire définie par le Conseil de la monnaie et du crédit. À ce titre, il veille à la stabilité des prix, à la préservation de la valeur du dinar et au bon fonctionnement des systèmes de paiement. Il supervise également le secteur bancaire, contrôle le respect des normes prudentielles et s’assure de la solidité du système financier national. Représentant légal de l’institution, il engage la Banque d’Algérie dans ses relations internationales et rend compte de son action aux plus hautes autorités de l’État.
Économiste de formation, Mohamed Lamine Lebbou dispose d’une solide expérience dans le secteur financier. Il a notamment présidé le Conseil d’administration de Algerian Qatar Steel à partir de septembre 2020, pilotant une entreprise stratégique au croisement des enjeux industriels et financiers.
Auparavant, il a occupé des responsabilités de premier plan au sein de la Banque nationale d’Algérie, où il a contribué aux réformes de gouvernance visant à moderniser les banques publiques, notamment à travers la séparation des fonctions de président du Conseil d’administration et de directeur général.
La nomination du nouveau gouverneur intervient dans un contexte monétaire sensible. Le dinar algérien évolue depuis plusieurs années dans un environnement marqué par la volatilité des marchés énergétiques, la dépendance aux recettes d’hydrocarbures et les tensions inflationnistes internes.
La Banque d’Algérie est ainsi appelée à renforcer la stabilité du dinar, aussi bien sur le marché officiel que face aux déséquilibres du marché parallèle des changes. La maîtrise de l’inflation demeure également un enjeu central, dans un contexte de hausse des prix importés et de pressions sur le pouvoir d’achat.
Pour y parvenir, le gouverneur dispose de plusieurs leviers : ajustement des taux directeurs, gestion des réserves obligatoires des banques, opérations d’open market et régulation de la liquidité bancaire. L’objectif est de préserver les équilibres macroéconomiques tout en soutenant la croissance et le financement de l’investissement productif.
Ces dernières années, la direction de la Banque d’Algérie a connu plusieurs changements. En mai 2022, Salah Eddine Taleb avait pris les rênes de l’institution, succédant à Rostom Fadli, après avoir présidé le Conseil de la monnaie et du crédit.
L’arrivée de Mohamed Lamine Lebbou sera donc suivie de près par les acteurs économiques et financiers. Dans un climat international incertain, la crédibilité de la politique monétaire et la stabilité du dinar constituent des indicateurs clés pour la confiance des investisseurs et la solidité de l’économie nationale. Le nouveau gouverneur devra ainsi concilier rigueur monétaire, soutien à la diversification économique et préservation du pouvoir d’achat, dans le respect strict de son mandat légal.
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information