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Justice et économie : le dangereux métier de gérer

De nombreux hommes d’affaires qui ont amassé leur fortune sous le règne de Bouteflika sont aujourd’hui en prison. Ce dernier avait détruit ceux qui ont réussi avant son arrivée au pouvoir. Dans les années 1990, des dirigeants de sociétés publiques avaient écopé de lourdes peines. La responsabilité dans la sphère économique semble frappée de malédiction.

En juin 2018, soit sept mois avant le grand chambardement créé par le Hirak, le magazine américain a consacré un article “aux succès réalisés par cinq grands patrons de l’industrie algérienne”, selon Algérie presse service qui l’a fièrement repris dans une dépêche.

Intitulé “les cinq multimillionnaires en Algérie que vous devriez connaître”, le texte classait Issad Rebrab, le patron de Cevital, comme seul milliardaire en dollars sur 40 millions d’habitants. Mais le pays comptait aussi quelques multimillionnaires qui géraient des affaires florissantes, selon la revue.

Le haut du panier était occupé, en 2017, par Abderrahmane Benhamadi, propriétaire de Condor, une entreprise d’électronique qui réalisait un chiffre d’affaires de 700 millions de dollars, estimait Forbes. Vient ensuite Abdelmadjid Kerrar, fondateur du groupe Biopharm, dont le chiffre d’affaires dépassait les 500 millions USD. Ali Haddad était troisième au podium des multimillionnaires grâce à l’ETRHB, un conglomérat d’entreprises touche-à-tout, notamment les travaux routiers, l’hydraulique, la construction, les médias, dont il tirait un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars, d’après la même source. Mohamed Laid Benamor, dirigeant du groupe agro-industriel Benamor, fermait la marche avec un chiffre d’affaires évalué par le magazine à 80 millions USD. Forbes a également cité Abdelhamid Mehri qui possède, lui, une holding opérant dans le commerce, l’immobilier, le tourisme, l’hôtellerie, l’agriculture et l’industrie.

Trois de ces magnats, Haddad, Benamor et Benhamadi sont en prison depuis 2019. Rebrab a, quant à lui, purgé huit mois des dix-huit décidé par le juge avant de retrouver sa liberté et ses activités. D’autres grands patrons sont également détenus sous divers chefs d’accusation de corruption, de fraudes, de blanchiment d’argent. Mourad Oulmi, patron de Sovac, les frères Kouninef, dirigeants de KouGC, Mahiediene Tahkout, patron du groupe qui porte son nom et Abdelmalek Sahraoui, P-dg de la holding éponyme. La liste comprend aussi Mohamed Baïri, Ahmed Mazouz, Mohamed Djemaï, homme d’affaires et SG furtif du parti FLN.

Hormis Rebrab, tous ces boss, et bien d’autres, ont un point en commun : ils ont amassé leur fortune en un temps record sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika en profitant des marchés publics. Le défunt président avait, pour sa part, détruit les chefs d’entreprises qui ont émergé une décennie avant sa prise de pouvoir. Abdelmoumene Khalifa et Brahim Hadjas, qui possédaient chacun une banque, sont les plus connus.

Dans les années 1990, lorsque Ahmed Ouyahia était ministre de la Justice, la punition était réservée aux dirigeants des sociétés publiques. L’ancien premier ministre qui est, aujourd’hui, incarcéré pour diverses forfaitures avait organisé des procès expéditifs contre des managers de sociétés publiques dont beaucoup étaient innocents.

La responsabilité dans la sphère économique algérienne semble donc assortie d’une malédiction qui peut conduire celui qui l’endosse à l’avilissement et la déchéance. Il est vrai que, comme le disait Honoré de Balzac, derrière chaque fortune se cache un crime. En Algérie, la maxime de l’écrivain français prend l’allure de loi.

Dans un marché captif, dominé par une administration étouffante, percluse de vices, faut-il s’attendre à voir éclore de vrais capitaines d’industrie capables de s’imposer par leur poigne, leur créativité et leur vision. Le climat détestable des affaires, les passe-droits, le clientélisme et l’opacité des conditions de passation de marchés ont empêché l’Algérie de mettre au monde une pépinière de managers dignes de ce nom. C’est pourquoi, il suffit d’une chute des cours de pétrole pour que la crise s’y installe.

Mohamed Badaoui

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