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Gouvernance en temps de crise : Vitesse ou précipitation ?

Le mot «urgence» revient souvent dans les propos des premiers responsables du pays. Cela prouve que la conjoncture est plus difficile qu’il n’y paraît. En plus du péril qu’exerce la pandémie sur la santé de la population, les voyants du tableau de bord économique sont au rouge.

Non seulement les cours du pétrole font du yo-yo autour du seuil de 70 dollars, un niveau qui ne permet pas de renflouer les caisses de l’Etat de manière suffisante, la machine à produire et à exporter toussote et peine à booster les recettes du pays.

Cette grippe financière a poussé la Banque d’Algérie à adopter, à la hâte, un programme spécial de réescompte des banques en vue de leur permettre de contribuer à l’accélération de la reprise économique post-Covid. Elle a donc décidé d’augmenter, grâce à une enveloppe plafonnée à 2 100 milliards de dinars, soit près de 16 Mds USD, les capacités de ces établissements pour qu’ils accompagnent les investissements. L’opération, jumelée au glissement de la monnaie nationale, fait craindre à des observateurs le gonflement de l’inflation sur de nombreuses années. Le financement non conventionnel, qui ressemble à s’y méprendre à la planche à billets, a été essayé par le gouvernement Ahmed Ouyahia avec les conséquences que l’on sait.

L’urgence se fait également sentir dans l’industrie puisque le terme a été abondamment employé par le ministre du secteur Ahmed Zeghdar lors des rencontres marathoniennes lors desquelles il s’est entretenu ces derniers jours avec les patrons des grands groupes publics. Le responsable a convenu d’appliquer, là aussi, des plans d’urgence pour aider ces mastodontes à améliorer leurs performances et -pourquoi pas ?- gagner en compétitivité sur les marchés internationaux.

L’Agriculture va également bénéficier de «mesures urgentes» pour relancer son activité afin de «promouvoir l’investissement et de réduire la facture d’importation des produits de large consommation», selon un communiqué du gouvernement. Cet effort s’appuiera, entre autres, sur «la finalisation et la promulgation de textes réglementaires encadrant la procédure d’accès au foncier agricole mais également la poursuite de l’opération de récupération des terres non travaillées pour assurer l’exploitation optimale du foncier agricole et des capacités de production nationale». Le développement des cultures industrielles et l’optimisation des dispositifs de soutien aux céréales et au lait sont inscrits en tête des priorités. Il s’agira, en outre, de concrétiser un programme d’irrigation d’appoint qui concerne une superficie globale de 158 000 hectares pour atténuer les effets des «irrégularités pluviométriques».

 Le secteur de l’hydraulique oblige, par ailleurs, l’exécutif de trouver des solutions rapides aux pénuries d’eau qui frappent redoutablement le pays depuis le début de cet été. Il a ainsi été décidé de construire, dans de brefs délais, une station de dessalement d’eau de mer dans chacune des wilayas côtières. Ces équipements devront pallier les caprices de la météo et l’envasement des barrages.

La sonnette d’alarme la plus sonore concerne, actuellement, le secteur de la santé qui ploie sous le nombre gigantesque des patients atteints de Covid-19, particulièrement ceux qui se trouvent en détresse respiratoire. Le manque de lits spécialisés, la rareté de l’oxygène et l’épuisement du personnel de santé créent en ce moment une atmosphère hautement anxiogène. Une course effrénée à la recherche du gaz médicinal liquéfié nécessaire à la survie des malades ainsi que les condensateurs permettant son utilisation anime tout le pays. Face à cette urgence, le ministère de la Santé a autorisé les particuliers d’importer à titre exceptionnel, et sans formalités administratives, les appareils en question. Il met également la pression sur les opérateurs pour élever le volume de leur production.

Tout se fait donc vite en ce moment sans que l’on sache s’il s’agit de vitesse ou de précipitation.

Mohamed Badaoui

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