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Gabon : le président Ali Bongo renversé par un coup d’Etat militaire

La fièvre des coups d’Etat qui a gagné les pays africains francophones n’est pas prête de s’estomper. Après le Mali, la Guinée, le Burkina Faso et le Niger, c’est autour Gabon d’enregistrer, à son tour, un cout d’Etat militaire contre le président Ali Bongo, au pouvoir depuis 14 ans. 

En effet, juste après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle donnant  Ali Bongo vainqueur avec  64,27% des suffrages exprimés contre 30,77%  pour son rival Albert Ondo Ossa., un groupe de militaires a annoncé aujourd’hui à la télévision gabonaise, l’annulation du scrutin et la dissolution des institutions. A la fin de la lecture des résultats sur la chaîne de télévision nationale, Gabon Première, des coups de feu ont été entendus. Vers 05 du matin, alors que Gabon 24, la chaîne dont les studios se trouvent dans le palais présidentiel, donne les résultats, des militaires ont envahi les lieux pour annoncer l’annulation des élections et la dissolution des institutions. 

«Nous mettons fin au régime en place», déclare l’un d’eux en lisant un communiqué, rapporte RFI. Le militaire disait s’exprimer au nom d’un «Comité de transition et de restauration des institutions». «Les élections générales du 26 août 2023 ainsi que les résultats tronqués sont annulés», a-t-il lancé, avant de poursuivre : «Toutes les institutions de la république sont dissoutes, le gouvernement, le Sénat, l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle […]. Nous appelons la population au calme et à la sérénité et nous réaffirmons notre attachement au respect des engagements du Gabon à l’égard de la communauté internationale». Le militaire a aussi fait part de la fermeture des frontières du pays « jusqu’à nouvel ordre ».

Quid du sort du président déposé Ali Bongo ? Il «est gardé en résidence surveillée. Il est entouré de sa famille et de ses médecins», ont déclaré, hier, les auteurs du coup d’Etat, selon un communiqué lu à la télévision d’État par des membres du Comité de transition et de restauration des institutions (CTRI). En outre, plusieurs arrestations ont eu lieu dans l’entourage d’Ali Bongo, notamment celle de son fils Noureddin Valentin. Les militaires annoncent une enquête ouverte contre ces personnes pour, entre autres, «haute trahison contre les institutions de l’État», «détournements massifs des deniers publics», «corruption active» ou encore «trafic de stupéfiant».

 Ces grands chamboulements ne semblent pas inquiéter outre mesure la rue gabonaise qui est restée calme dans la matinée d’hier. Des scènes de liesse ont été, en revanche, enregistrées du côté des militaires de la garde républicaine, chargée d’assurer notamment la sécurité de la présidence, qui portent, selon RFI, en triomphe leur chef, le général Brice Oligui Nguema.

Du côté de l’opposition, c’est le silence radio. La principale coalition d’opposition, Alternance 2023, qui revendique toujours la victoire de son candidat Albert Ondo Ossa à la présidentielle de samedi, est dans une position de ‘’wait and see’’. Selon un responsable de cette coalition, les réunions prévues pour hier matin ont été annulées, et les différents leaders sont en sécurité, a rapporté RFI.

L’Union africaine dénonce une violation des principes de l’organisation

Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, «condamne fermement la tentative de coup d’Etat» au Gabon, non sans dénoncer «une violation flagrante» des principes de l’organisation continentale, dans un communiqué publié hier. Aussi, il «appelle l’armée nationale et les forces de sécurité à s’en tenir strictement à leur vocation républicaine, à garantir l’intégrité physique du président de la République (Ali Bongo Ondimba), des membres de sa famille, ainsi que de ceux de son gouvernement».

Sur le plan international, la Chine n’a pas condamné le coup de force des militaires et s’est contenté d’appeler «les parties concernées» à «garantir la sécurité d’Ali Bongo». «La Chine suit de près l’évolution de la situation au Gabon et appelle les parties concernées à agir dans l’intérêt du peuple gabonais […], au retour immédiat à l’ordre normal, et à garantir la sécurité personnelle d’Ali Bongo», a indiqué un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

La Maison Blanche «suit de très près» la situation, a déclaré, hier, John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale. Il a jugé «profondément inquiétante» la succession de coups d’État en Afrique ces dernières années et a déclaré: «Nous allons rester concentrés sur le travail à faire avec nos partenaires en Afrique et toute la population du continent pour aider à soutenir la démocratie».

La France condamne

La France, elle, a ouvertement pris fait et cause pour le président déchu en condamnant «une tentative de coup d’Etat » l’ayant visé, tout en appelant au respect des résultats des élections présidentielles. Le porte-parole du gouvernement français, Olivier Véran  a affirmé, hier, lors d’une conférence de presse à l’issue du Conseil des ministres, que «la France condamne le coup d’État militaire qui est en cours au Gabon», avant d’ajouter  que Paris «surveille avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation». La diplomatie française «réaffirme son souhait que le résultat de l’élection, lorsqu’il sera connu, puisse être respecté», a-t-il ajouté. Pour sa part, la Première ministre, Elisabeth Borne, a indiqué que son pays suit « avec la plus grande attention » la situation au Gabon.

De son côté, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a accusé mercredi Emmanuel Macron d’avoir « encore une fois compromis la France dans un soutien jusqu’au bout à l’insupportable », avec son appui au président gabonais Ali Bongo. Il a affirmé dans un message sur X (ex-Twitter) qu’« aucune alerte n’aura été entendue ».

Reste à savoir si les militaires auteurs du putsch contre Omar Bongo vont emboiter le pas aux militaires ayant pris le pouvoir de force au Mali, au Burkina Faso et au Niger qui ont remis en cause la présence tutélaire de l’ancienne puissance coloniale dans leur pays respectifs.

Ali Chikhi

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