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Entreprises publiques économiques : la clé de réussite , l’indépendance des Conseils d’administration

Le secteur public économique possède un savoir-faire et une expérience important mais ses gestionnaires souffrent de leur soumission à l’Exécutif et à l’administration ce qui empêche ses entreprises de prendre leur envol.

L’Etat peut-il posséder et gérer des entreprises économiques sans nuire à leur performance ? Posséder oui, mais ne pas gérer directement répondent des experts réunis par Conseil national économique, social et environnemental (Cnese) réunis lundi dans un séminaire sur la « gouvernance des entreprises publiques économiques (EPE) » et « le rôle des conseils d’administration ».

Ainsi, pour l’experte en droit des affaires, professeure Yakout Akroune, il faut « libérer » les sociétés étatiques du joug du politique en les laissant choisir leurs dirigeants sur la base de la compétence et de la qualification. L’intervenante a conditionné la réussite du secteur par les exigences que l’Etat actionnaire doit imposer aux EPE pour qu’elles améliorent leurs résultats. Mais cette pression permanente ne signifie pas un « interventionnisme excessif qui bloque l’initiative et la prise de risque en appliquant la règle du juste milieu ».

Autrement dit, il faut recruter des administrateurs qualifiés, leur donner l’autonomie de décision et accorder des prérogatives plus larges des membres du conseil d’administration (CA). Le jugement doit donc se faire à l’heure du bilan, non par une ingérence de tous les instants dans la gestion.

L’experte a en ainsi préconisé que « les membres du CA bénéficient d’une totale indépendance » pour pouvoir « s’opposer à une décision du président du CA » s’ils la « jugent défavorable à l’entreprise » puisque, selon elle, « le rôle des membres du CA est d’orienter, de contrôler mais aussi de conseiller l’équipe dirigeante de l’EPE ».

Akroune a, en outre, précisé que le président du conseil d’administration (Pca) ou le président directeur général (Pdg) d’une EPE « doit être élu par ses pairs et non pas désigné par l’Etat en sa qualité d’actionnaire unique ».

Même son de cloche du côté de Hans Christiansen, Senior economist à l’Organisation de coopération et de développement économique (Ocde) : « le gouvernement doit accorder une plus grande autonomie aux administrateurs des EPE dans le but de leur permettre de résister à la concurrence ». Le « contrôle total de l’Etat de ses EPE leur ferait perdre leur statut d’entreprises au profit d’un statut d’institutions ».

L’Ocde, a-t-il indiqué, voit d’un mauvais œil que « des ministres siègent dans les CA ». Leur appartenance au gouvernement peut « influencer leurs décisions au sein du CA », ce qui pourrait nuire à « l’intérêt de l’entreprise ». Il est d’autre part préférable, a-t-il dit, que les conseils d’administration soient composés de moins de fonctionnaires et plus de professionnels du management. Un avis corroboré par l’expert économiste, Naceur Bourenane, qui a mis l’accent sur « le choix judicieux des membres du CA selon leurs qualifications pour défendre au mieux les intérêts de l’entreprise ».

Pour le directeur de l’Observatoire français de l’action publique, le professeur Pierre Bauby, « le CA ne doit pas être une boîte de résonance des pouvoirs publics ». Il doit bénéficier d’un « champ d’action large et une autonomie dans la prise des décisions ».

Le chef exécutif de l’Institut de gouvernance des entreprises Hawkama au Centre international financier de Dubaï, Ashraf Gamal El Din est, lui aussi, allé dans le même sens. « Si les administrateurs sont nommés par l’Etat, les entreprises perdront leur indépendance, notamment sur le plan économique », a-t-il averti. « Les rôles des membres des CA consistent, notamment, à définir la stratégie de l’entreprise et agir dans l’intérêt de l’entreprise tout en gérant au mieux les risques ».

L’objectif de cette rencontre a été résumé par le président du Cnese, Rédha Tir, comme une contribution à l’amélioration du dispositif managérial des EPE en vue d’optimiser le rendement des entreprises publiques économiques. Elle se veut un préalable prospectif pour asseoir l’indépendance des sociétés étatiques en matière d’exploitation, d’investissement et de financement.

Le secteur public qui était prédominant à l’ère socialiste, de l’indépendance jusqu’au milieu des années 1980, fait face à une rude concurrence du secteur privé et des importations. N’ayant pas pu se montrer agressif et innovant, il n’a survécu que grâce aux aides de l’Etat.

Il cumule, certes, un savoir-faire et une expérience importants, mais souffre d’un management pusillanime et parfois incompétent qui l’empêche de prendre son envol. Ses dirigeants sont totalement soumis au bon vouloir de l’Exécutif et de l’administration. Ils ne peuvent, dans ce cas, se montrer ambitieux en prenant des initiatives, parfois risquées, pour parfaire sans cesse leur rendement.

Mourad Fergad

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