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“En Vrac” par Madjid Khelassi : El Harga

 L’Europe a enfin décidé de prendre le problème des migrants au sérieux…Une flotte de navires sillonnera désormais la Méditerranée pour «essayer» de mettre fin à cette nouvelle ruée vers l’hors…misère.
Migrants, disent les Occidentaux de ces hères appelés Harragas chez nous.
Ils sont des milliers chaque mois à être recueillis aux abords de Lampedusa, Athènes et La Valette. Matière désespérée virant à une matière suicidaire. Fuyant la cruauté humaine sèche, ils affrontent la cruauté marine humide chaque jour que Dieu fait, persuadés que la rédemption viendrait par les flots.
Comme envoûtés par la mer, cette nouvelle sirène du suicide, ils sont les naufragés volontaires des temps modernes.
De Tripoli à Ghazaouet, de Lattaquié à Annaba et dans le jeu complexe des destinées, des dizaines de désespérés suspendus à leur « Flouka, felouke, pirogue ou Zodiac, » comme à une providentielle de branche, voguent vers des horizons incertains.
Ils tentent, via El Harga, de transcender leur misère, leur « pas de chance » à perpétuité et l’uniformité de leur vie sans espoir.
El Harga ou le bûcher des vacuités dans toute sa splendeur. C’est le jeune homme et la mer dans une version plus suicidaire.
Le voyage parti on ne sait d’où touche terre…Les visages des rescapés de ce sport nautique macabre, ressemblent à des spectres sortis d’un sépulcre marin. La langue des garde-côtes de ce point de chute sonne italien. Nous sommes en Sicile… ose un rescapé, aux lèvres gercées. Ce n’est pas la Sicile mais presque.
Le jour se lève sur Lampedusa. L’accostage frappant au petit bonheur redonne du souffle aux gisants.  Une vie meilleure par le suicide ou la grandeur par l’abime…Le protectorat humanitaire vole non sans sentiments aux secours des grâces enfuies.
Des Algériens installés en Italie cherchent des yeux d’hypothétiques enfants d’Algérie…No… pas cette fois-ci !
Vue des rives de Sicile, l’Algérie est l’étoile éteinte de la Méditerranée. Certains de ces Algériens, établis en Italie, attardent leur regard jusqu’à essayer d’atteindre El Djazair…Mais une contrée sombre apparaît dans l’horizon de leurs mirettes.
Pour ces ex-Harragas venus secourir les désespérés, l’Algérie qui « exporte » chaque jour des dizaines de ses enfants via les eaux incertaines de Mare Nostrum, reste à leurs yeux, une terre d’ombres où dansent chaque jour les fantômes des rêves de jeunesse.
El Harga…Comme seule issue à une vie ravagée ? Impitoyable Algérie qu’as-tu fais de tes enfants ?

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