Un couple accompagné de ses deux jeunes enfants a récemment été intercepté par les services de sécurité alors qu’il s’apprêtait à quitter clandestinement les côtes de la wilaya de Béjaïa à destination de l’Europe. Cet incident, survenu au moment où la famille tentait de prendre la mer, remet une nouvelle fois en évidence une réalité préoccupante : l’émigration clandestine n’épargne plus les enfants, désormais exposés aux dangers extrêmes de la traversée maritime.
Selon des informations rapportées hier dimanche par le site du média Ennahar, l’intervention a été menée par les éléments de la brigade spécialisée de la police judiciaire de Béjaïa, en coordination avec les garde-côtes de la wilaya. Le couple a été arrêté alors qu’il tentait de rejoindre une embarcation de fortune avec ses deux enfants âgés de 3 et 5 ans. L’opération s’est déroulée durant une mission de surveillance nocturne sur la côte ouest de la wilaya, connue pour être un point de départ fréquent des tentatives de traversée clandestine.
Cette affaire illustre une évolution notable du phénomène migratoire clandestin. Longtemps associé à de jeunes hommes agissant seuls, le départ illégal vers l’autre rive de la Méditerranée concerne aujourd’hui des familles entières. Femmes et enfants, pourtant les plus vulnérables, se retrouvent impliqués dans des projets de traversée extrêmement dangereux, où les risques de naufrage, d’hypothermie ou de disparition en mer sont omniprésents.
Les premières investigations menées par les services de sécurité révèlent que la tentative avait été soigneusement préparée. Lors de l’interpellation, une barque équipée d’un moteur a été saisie, ainsi que huit jerricans contenant près de 220 litres de carburant. Des vêtements, du matériel de survie et un camion ayant servi au transport de l’équipement depuis le domicile familial ont également été récupérés, confirmant le caractère organisé de l’opération.
Présenté devant la juridiction compétente pour tentative de sortie illégale du territoire national, le couple devra répondre de ses actes devant la justice. Les suites judiciaires de l’affaire n’ont toutefois pas été précisées par la source.
Au-delà de ce cas précis, la multiplication des tentatives d’émigration clandestine impliquant des enfants en bas âge soulève de profondes interrogations. Elle met en lumière les motivations complexes et souvent désespérées qui poussent certaines familles à exposer leurs enfants à des dangers potentiellement mortels, dans l’espoir d’un avenir meilleur.
Dans l’ensemble du Maghreb, des situations similaires sont régulièrement signalées. Des nourrissons, des enfants et même des adolescents non accompagnés se retrouvent embarqués dans des traversées maritimes à haut risque, à bord d’embarcations surchargées et dépourvues des conditions minimales de sécurité. En septembre dernier, sept mineurs, âgés de 14 à 17 ans, ont atteint Ibiza à partir de la côte algéroise, à environ 300 kilomètres de distance, à bord d’un bateau volé ou frauduleusement loué. Un cas inédit qui soulève des émotions et des réactions aussi massives que contradictoires.
Les spécialistes et les organisations humanitaires alertent sur les conséquences dramatiques de ces voyages pour les plus jeunes, tant sur le plan physique que psychologique.
Les autorités rappellent que, quelles que soient les difficultés sociales ou économiques, l’implication de mineurs dans l’émigration clandestine constitue une mise en danger grave. Face à cette réalité alarmante, les acteurs de la société civile appellent à renforcer les actions de prévention, la sensibilisation des familles et les dispositifs de protection de l’enfance, afin d’éviter que la Méditerranée ne continue d’engloutir les espoirs — et parfois la vie — des plus vulnérables.
Abir N
LA NATION Quotidien National D'information