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Crise sanitaire : les hôpitaux sont au bord de l’effondrement, selon une professeure

Avec émotion et parfois ironie, la praticienne parle de l’état dramatique dans lequel se trouvent les structures de santé sous l’effet de l’explosion de la pandémie depuis deux semaines.

La professeure Karima Achour, chef du service de chirurgie thoracique à l’hôpital de Bab El Oued, a lancé un cri d’alerte pour attirer l’attention des autorités et de la population sur la pression intenable que subissent les hôpitaux. Parlant face à une caméra à partir de son bureau pour les besoins d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le médecin a dit en substance que «cela fait deux semaines que nous sommes dans le rouge. Aujourd’hui, nous sommes dans le feu de l’action ». Elle a expliqué que la capacité des structures sanitaires est limitée en termes de personnel et de lits et précisé que beaucoup de soignants et d’aides-soignants ont contracté la maladie et ne sont par conséquent plus capables d’effectuer leurs tâches. «Nous travaillons avec un strict minimum», a-t-elle affirmé. «Pour les lits, c’est pire. On les a saturés depuis deux semaines. Pour dégager une place, il faut qu’un patient meure en réanimation». Les lits d’hospitalisation régulière sont remplis de souffrants qui attendent d’entrer en réanimation, selon elle. «Lorsque nous recevons les malades (…), nous effectuons les diagnostics, le scanner parce que nous n’avons pas toujours le temps de passer le test du PCR, nous faisons parfois le test antigénique, jusqu’à ce que nous concluons que la symptomatologie est en faveur du Covid. Mais quelle réponse pouvons-nous donner ? Il n’y a pas de place. Ce n’est même pas, il n’y a pas d’oxygène. Il n’y a pas de place ! » La réaction du malade est dans ce cas dramatique, regrette-elle.

A propos des extracteurs d’oxygène, la professeure s’insurge contre les achats inconsidérés de ces équipements. « Avant, à l’occasion d’El Aïd, les gens achetaient un mouton. Actuellement, ils achètent un extracteur. Il faut savoir que l’extracteur d’oxygène n’est qu’un moyen dans le traitement. Il n’est pas suffisant à lui seul. Et s’il est mal géré, lorsque le patient arrive chez nous, il sera presque à l’article de la mort. C’est donc une mauvaise prise en charge».

En temps normal, l’oxygène se tarit au bout d’un ou deux jours, indique la chirurgienne. «Aujourd’hui, nos capacités ne suffisent même pas pour une demie journée». En cas de pénurie, « on est en hypoxie et on risque de perdre le malade. C’est donc une situation alarmante. Voilà ce qui se passe au niveau des hôpitaux. C’est un scénario dramatique ». Or, s’indigne-t-elle, «dès que les gens sortent dehors, ils se retrouvent dans des fêtes, dans des cafés. On passe donc du rouge vers l’insouciance. Nous mourrons dans les hôpitaux avec nos malade, alors qu’à l’extérieur c’est… la Suisse».

Karima Achour a prononcé ces derniers mots avec un sourire ironique et une expression d’agacement. «Les gens s’embrassent, marchent côte-à-côte, mangent dans le même plat. C’est ça qui nous choque».

Elle s’est ensuite interrogée pourquoi l’Etat ne réprime pas ces comportements qui multiplient les cas de contamination. Les médecins et le personnel soignant ne plus rien faire, dit-elle. « Nous, ça y est, nous sommes dépassés. Pas par la surcharge de travail. Nous pouvons travailler des journées, des semaines, des mois. Cela fait 18 mois que nous n’avons pas pris de congé. Mais nos capacités en lits et de prise en charge sont limitées.»

Mohamed Badaoui

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