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Crise énergétique en Europe : Alger à équidistance des antagonistes

Indépendamment de sa volonté, l’Algérie se retrouve mêlée à la crise ukrainienne. Pays gazier, grand fournisseur de l’Europe, elle calcule en ce moment comment rassurer ses clients sans pour autant froisser un vieil allié.

Le premier conflit du gaz est sur le point d’éclater. Le bras de fer entre la Russie et les pays occidentaux a pour carburant cette matière. Protégé par l’Otan et les Etats-Unis, le vieux continent vit un dilemme déchirant. D’un côté, il voit d’un mauvais œil le retour de puissance du plus grand Etat slave et, de l’autre, il s’inquiète pour ses approvisionnements en gaz durant cet hiver.

Sans le vouloir, l’Algérie qui est un des plus grands fournisseurs de l’Europe en gaz via deux pipelines aboutissant directement sur le sol européen via l’Espagne et l’Italie se trouve partie prenante de cette intrigue qui la met dans une situation paradoxale.

Alger et Moscou ont toujours été alliés sur les grandes thématiques internationales mais ils sont concurrents sur le marché gazier. Et ce qui complique davantage cette problématique, c’est que l’Algérie est liée à l’Union européenne par un accord d’association et des contrats énergétiques à long terme.

D’ailleurs, le président Abdelmadjid Tebboune a tôt fait, à partir de Doha où il a participé au Sommet des pays producteur de gaz, de déclarer que son pays “est reconnu pour être un distributeur et un fournisseur fiable de gaz naturel depuis plus d’un demi-siècle et il compte le rester”. Autrement dit, l’Algérie ne mettra en danger ni ses intérêts ni ceux de ses clients pour se mettre aux côtés d’une nation amie chez laquelle elle achète aussi l’essentiel de son armement. C’est une façon aussi d’affirmer sa neutralité vis-à-vis du conflit larvé qui se déroule en ce moment en Ukraine et qui peut, d’un instant à l’autre, dégénérer en guerre entre des puissances.       

L’Algérie a déjà fort à faire pour contribuer à la stabilisation avec son environnement immédiat avec une Libye qui tarde à retrouver sa stabilité et le Mali qui a opéré un changement d’alliance en demandant à l’armée française de plier bagage et de constater que son intervention n’a, après plusieurs années de présence sur son territoire, apporté aucune solution.

Le climat délétère en Europe fait évidemment craindre le pire pour la paix mondiale. En effet, pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les puissances qui se sont livrées pendant plus de quatre décennies une guerre froide se toisent et menacent de faire parler la poudre.  

Les images diffusées par les télévisions et les déclarations des belligérants laissent penser qu’on est à deux doigts d’un troisième conflit planétaire dévastateur. Cela dit, une telle folie est à peine imaginable au regard des conséquences qu’elle peut générer et il est à parier que l’Otan et l’Union européenne seront les premiers à faire des concessions pour calmer la colère de l’ours polaire.

Ces développements démontrent, une fois de plus, que l’ingérence occidentale des Etats qu’ils jugent infréquentables, sous couvert de démocratisation, est révolue. Vladimir Poutine multiplie les gestes forts en direction de ses rivaux pour dire que l’unipolarité décrétée avec la chute du Mur de Berlin a pris fin et que le temps n’est plus au droit international mais à la force.

L’Algérie qui a subi dans sa chair pendant une décennie les contrecoups de la faiblesse, entend, elle aussi, défendre crânement son intégrité et ses chances d’accéder au développement. C’est, en filigrane, le message que ne cesse de répéter le président Abdelmadjid Tebboune, et donc l’Etat algérien, pour calmer les adversaires et rassurer les amis.

Ali Younsi-Massi

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