Interrogé sur la récente visite à Alger de la présidente de l’association France-Algérie, Mme Ségolène Royal, qu’il a reçue à la présidence de la République, le chef de l’État a éludé toute prise de position directe sur la France. « Si tu permets, et en toute démocratie, je ne réponds pas en ce qui concerne la France », a-t-il déclaré lors de son entretien périodique avec les médias nationaux, diffusé sur la Télévision algérienne. Il s’est toutefois dit respectueux de l’ancienne ministre française, saluant « son courage, son honnêteté intellectuelle et sa franchise », affirmant qu’« elle est la bienvenue » en Algérie.
Cette réponse, empreinte de retenue, reflète le climat actuel entre Alger et Paris. Le président Tebboune n’en a pas moins adressé des messages fermes, notamment sur le volet économique des relations avec l’Union européenne. Sans citer explicitement la France, il a accusé un pays européen de bloquer les discussions et de mener une véritable « guerre économique » contre l’Algérie, évoquant en particulier les entraves à l’exportation du rond à béton algérien vers le marché européen.
Le chef de l’État a souligné que l’Algérie entretient de bonnes relations avec plusieurs pays européens, citant notamment l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, tout en dénonçant l’attitude de « certains pays » qui, selon lui, « incitent à la haine contre l’Algérie » et s’emploient à freiner ses exportations d’acier. Il a pointé du doigt le système de quotas imposé par l’Union européenne, indiquant que les volumes accordés à l’Algérie sont entièrement écoulés en une douzaine de jours, malgré le fait que 85 % des importations algériennes proviennent d’Europe, dans un cadre censé relever du libre-échange.
C’est dans ce contexte que le président Tebboune a justifié la demande algérienne de renégociation de l’accord d’association avec l’Union européenne. « Il y a un consensus, moins un », a-t-il déclaré, faisant implicitement référence à la France, qu’il accuse de « répéter ses erreurs » dans sa relation avec l’Algérie.
Le chef de l’État a, à cet égard, rappelé l’embargo imposé par la France sur le vin algérien au lendemain de l’indépendance, une décision qui avait conduit l’Algérie à arracher ses vignobles et à les remplacer par d’autres cultures. « Ils nous ont laissé des usines de fabrication de boissons alcoolisées, puis ont cessé d’acheter notre vin dans l’objectif de nous faire regretter l’indépendance. Le président Boumédiène a ordonné l’arrachage des vignobles. Il ne faut pas faire de chantage à l’Algérie », a-t-il affirmé, ajoutant : « C’est étrange, avec les grands, on s’entend. »
S’agissant du projet de visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur, M. Laurent Nuñez, le président Tebboune a estimé que cette initiative « ne concernait que lui ». « S’il veut venir, il est le bienvenu », a-t-il déclaré, dans un contexte de fortes tensions bilatérales.
Abordant la question du dispositif exceptionnel relatif au retour des ressortissants algériens en situation irrégulière, le chef de l’État a précisé qu’il ne concernait pas les Algériens visés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF). « Le problème des OQTF relève des pays d’accueil », a-t-il affirmé.
Le président Tebboune est revenu sur le refus de l’Algérie d’accueillir certains ressortissants frappés d’OQTF durant le mandat de l’ancien ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Il a expliqué que l’Algérie ne pouvait accepter des expulsions menées sans le respect des procédures et des droits des personnes concernées. « Ce sont des Algériens que j’ai juré de protéger. Ils vivent en France depuis dix ou quinze ans et ont des droits. Il existe des accords clairs : l’Algérie doit être informée, le consul doit rendre visite à la personne concernée et, si tout est conforme, un laisser-passer est délivré », a-t-il souligné.
Concluant sur un ton ferme, le chef de l’État a mis en garde : « Celui qui veut humilier ou ridiculiser l’Algérie n’est pas encore né. »
Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information