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CAN 2021 : L’EN met en jeu sa stature et sa dignité

L’heure est grave. Tout un peuple attend avec une inquiétude exacerbée par les médias et les réseaux sociaux le dénouement de la phase des poules de la CAN. L’équipe d’Algérie joue son va-tout après avoir été accrochée par des formations modestes au début d’une compétition qu’elle devait, en principe, survoler.

Le match qui opposera jeudi l’Algérie à la Côte d’ivoire pour le compte des qualifications aux huitièmes de finale de la coupe d’Afrique prend des allures de bataille décisive dont dépend la « dignité » du pays, pour paraphraser le président de la Fédération algérienne de football (FAF), Charaf-Eddine Amara. La mobilisation est générale. Elle atteint le sommet de l’Etat.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a lui-même appelé le premier responsable de la FAF pour lui exprimer “son soutien absolu” après la défaite de la sélection nationale face à la Guinée équatoriale, dimanche soir à Douala. Une union sacrée s’est rapidement formée autour de l’équipe d’Algérie pour lui éviter l’humiliation de sortir du premier tour, où elle figurait avant le tournoi parmi les favorites à la consécration continentale.

Charaf-Eddine Amara a parlé d’une intifada en préparation pour gagner la dernière rencontre des poules et sauver ainsi l’honneur national bafoué par un adversaire de taille modeste. La Guinée équatoriale, qui se classe en bas du tableau des formations mondiales, a réussi l’exploit de stopper le compteur de l’invincibilité algérienne à 35 matchs sans défaite et mis en danger la carrière de l’EN dans la compétition.

C’est un développement inattendu et un coup dur pour l’ego collectif. En cas d’élimination, la blessure restera vive pour longtemps. D’autant plus que le Maroc, qui a subi le même sort après avoir été disqualifié par l’Algérie lors de la dernière Coupe arabe, jubile et fait déjà du malheur footballistique de son voisin et rival une matière grasse pour sa propagande dirigée contre lui.

La déconvenue de l’équipe algérienne contre la Guinée équatoriale est, certes, douloureuse à plus d’un titre. Gonflée à bloc par ses succès, encensée par la presse internationale, portée par un peuple affamé de victoires, la sélection s’est transformée en machine à produire le rêve de puissance pour 45 millions d’habitants. C’est toute cette pression qui, semble-t-il, a paralysé les joueurs, humains trop humains, face à des adversaires insignifiants comparativement à leur stature. Ils n’ont à aucun moment envisagé un tel scénario. Ils avaient la tête au mondial. Ils se voyaient déjà se mesurer aux grandes nations, forçant le respect et l’admiration de la planète entière. En dépit des déclarations de leurs dirigeants, percluses de trésors de fausse modestie, la Coupe d’Afrique devait être pour eux une formalité et le titre semblait déjà acquis.  

Aussi, le retour de bâton équato-guinéen a été surprenant et douloureux au point qu’une partie de l’opinion populaire, choquée par ce retournement brusque du destin, l’a attribué à des forces surnaturelles. Des exorcistes ont même offert leurs services pour déjouer la sorcellerie qui aurait atteint les Verts. Ils ont diagnostiqué les effets d’un puissant grigri vaudou et ont promis de le déjouer.

Heureusement que la FAF a senti le piège d’une telle tendance mentale et a décidé de dissiper les malentendus suscités par cette pensée magique. Dans un communiqué publié sur son site, l’organisme a affirmé qu’ « à aucun moment, elle n’a fait appel à un quelconque exorciste (raki) pour venir au Cameroun afin d’apporter ses services aux joueurs de la sélection nationale, dans le cadre de sa participation à la CAN ». La FAF « déplore et condamne ce genre de rumeurs qui nuisent à l’image de notre sélection nationale, et se réserve le droit d’ester en justice tous ceux qui associent leurs noms et/ou activités à ladite sélection et à l’instance fédérale. Les joueurs et les membres des différents staffs, tout en ayant la foi nécessaire, défendront crânement les couleurs de l’Algérie en s’appuyant sur leur talent, leur force de caractère et tout le travail accompli à ce jour ».

La déclaration a le mérite d’être claire et de remettre les pendules à l’heure. En sport comme dans d’autres domaines, les gains et les pertes se mesurent à l’aune des efforts consentis sur le terrain. L’Algérie a gagné une grande équipe qui fait la fierté de son public grâce au sérieux et à l’abnégation de tous ses membres, à leur tête, Djamel Belmadi. Le coach a su fédérer les talents et galvaniser les bonnes volontés mais, peut-être, avec le temps, sa personnalité s’est un peu endurcie sous le poids de l’ambition légitime qu’il porte chevillée au corps jour et nuit.

Cependant, comme à quelque chose malheur et bon, le nul concédé face à la modeste Sierra Léone et l’amère défaite face à  l’humble mais non moins sympathique Guinée équatoriale vont le libérer de la pression qu’il s’est imposée et communiquée à ses poulains. Il pourra ainsi poursuivre sa merveilleuse épopée sportive dans la joie et la sérénité.

Mohamed Badaoui

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