Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, a confirmé que des discussions sont actuellement en cours avec les autorités algériennes sur plusieurs dossiers bilatéraux, notamment la question sensible des reconduites aux frontières, point de friction majeur entre les deux pays. Pour la première fois, Nunez a indiqué que Paris et Alger échangeaient activement à ce sujet, tout en précisant que ses services ont lancé la révision de l’accord franco-algérien de 1968, qui régit l’immigration algérienne en France.
Interrogé par Le Journal du Dimanche le 21 décembre sur la disposition de l’Algérie à reprendre ses ressortissants frappés d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), le ministre a répondu : « Pas encore. Nous poursuivons les discussions sur des points techniques et procéduraux, avec l’ambition que le rétablissement des flux se fasse à un rythme régulier et durable. » Selon des informations, une délégation française s’est rendue à Alger la semaine précédente pour préparer la visite de Nunez.
Le ministre a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas de régler quelques cas isolés, mais de revenir à une « situation normalisée ». Ses services travaillent parallèlement à la révision des accords de 1968, avec pour objectif d’obtenir des positions communes sur l’ensemble des sujets. Après le vote de l’Assemblée nationale française, le 30 octobre dernier, en faveur de la dénonciation de cet accord, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait également indiqué la volonté de Paris de le réviser.
S’agissant de la stratégie à adopter avec l’Algérie, Nunez a affirmé : « Nous pouvons être fermes tout en maintenant le dialogue. Nous discutons de manière exigeante avec les autorités algériennes. » Il a ajouté que l’Algérie doit accepter certaines conditions fixées par la France pour des raisons de sécurité, tout en soulignant que « l’exigence n’empêche pas le respect mutuel ». Le ministre s’est dit confiant dans un aboutissement rapide des négociations : « Il faut que ce soit bouclé dans les prochaines semaines. Je suis confiant. »
Sur la question de la création éventuelle de centres de rétention ou de retour hors de l’Union européenne, Nunez ne s’y oppose pas totalement, précisant que la France « n’est pas contre que certains pays de l’UE s’y essaient dans le cadre d’accords bilatéraux », à condition de respecter les droits fondamentaux. Il a toutefois rappelé les difficultés rencontrées dans d’autres pays, comme l’Italie et l’Albanie, où des projets similaires ont été rejetés pour des raisons juridiques, montrant que la mise en place de tels dispositifs reste complexe.
Alors que le président Abdelmadjid Tebooune a qualifié l’accord de 1968 de coquille vide, L’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi, est allé jusqu’à proposé aux autorités algériennes d’abroger l’accord. Il a signalé que si la France avait introduit une demande dans le cadre conventionnel, « elle recevra sans nul doute une réponse favorable », car l’accord de 1968 « n’apporte que des avantages mineurs aux Algériens.
Concernent la question des OQTF, le gouvernement algérien insiste sur la nécessité d’un traitement humain des personnes concernées, dénonçant parfois des pratiques jugées arbitraires ou abusives. Dans ce cadre, les autorités algériennes réclament des procédures transparentes et le respect des accords bilatéraux signés avec la France, qui prévoient la coopération en matière de rapatriement.
L’Algérie souligne également l’importance de trouver des solutions durables pour éviter que la reconduite aux frontières ne devienne une source de tensions diplomatiques. Elle appelle à un dialogue constant avec la France afin de renforcer la coopération sur la migration, tout en veillant à ce que les droits des ressortissants algériens soient pleinement respectés.
Cette position reflète la volonté d’Alger de concilier coopération internationale et protection des citoyens, tout en défendant la souveraineté et la dignité nationale face aux défis migratoires contemporains.
Abir.N
LA NATION Quotidien National D'information