Des données récentes publiées par la plateforme « Trading Economics », relatives au salaire minimum dans les pays arabes, ont révélé la persistance d’un important écart dans les niveaux de rémunération entre les pays de la région. L’Algérie et la Tunisie figurent parmi les pays arabes où le salaire minimum est le plus faible en dollars. L’Égypte occupe l’avant-dernière place du classement arabe, devant seulement le Yémen.
Selon les données mises à jour sur la base du taux de change du dollar, le salaire minimum en Algérie s’élève à 24 000 dinars par mois, soit environ 181 dollars, une valeur quasiment identique à celle enregistrée en Tunisie, où le salaire minimum est fixé à 528 dinars tunisiens. Elles indiquent que l’Algérie a relevé le salaire minimum de 20 000 à 24 000 dinars à partir de l’année 2026, dans une mesure que les autorités présentent comme visant à soutenir le pouvoir d’achat des citoyens.
Ce classement reflète la poursuite de la baisse du pouvoir d’achat des salaires dans plusieurs pays arabes, malgré les augmentations officielles décidées par certains gouvernements ces dernières années, en raison de l’impact de l’inflation et des fluctuations des taux de change sur la valeur réelle des revenus.
À l’inverse, plusieurs pays arabes affichent des niveaux bien plus élevés que l’Algérie et la Tunisie. La Palestine arrive en tête du classement arabe avec un salaire minimum d’environ 650 dollars par mois, suivie de la Jordanie avec environ 409 dollars, puis du Maroc avec près de 371 dollars, et de l’Irak avec l’équivalent de 344 dollars. Quant au Liban, malgré un salaire minimum fixé à 28 millions de livres libanaises, l’effondrement brutal de la monnaie locale a réduit sa valeur réelle à environ 313 dollars au taux de change actuel. Concernant l’Égypte, les données montrent que le salaire minimum de 7 000 livres par mois la place à l’avant-dernière position dans le monde arabe lorsqu’il est converti en dollars, devant uniquement le Yémen, où le salaire minimum ne dépasse pas 88 dollars mensuels.
A ce sujet, le secrétaire national du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (SATAF), Boualem Amoura, a déclaré que les travailleurs en Algérie continuent de subir une forte dégradation du pouvoir d’achat malgré les augmentations décidées par le gouvernement. Il a précisé que les 24 000 dinars représentent un salaire brut et non le revenu net réellement perçu par le travailleur. Selon lui, le pouvoir d’achat ne s’est pas amélioré même après la révision des salaires en 2022, estimant que ces augmentations sont intervenues tardivement, puisqu’il aurait fallu, selon lui, revoir les salaires dès 2012. M.Amoura a ajouté qu’une étude réalisée par le syndicat a conclu qu’une famille algérienne composée de cinq personnes a besoin d’un revenu minimum de 100 000 dinars par mois pour couvrir les besoins essentiels de la vie.
Il a attribué la faiblesse du pouvoir d’achat au fait que les travailleurs sont rémunérés en dinars algériens, alors que les prix de nombreux biens et services sont indirectement indexés aux devises étrangères, notamment à l’euro, étant donné que la majorité des produits disponibles sur le marché national sont importés ou fabriqués à partir de matières premières importées. Il a également imputé la fragilité du pouvoir d’achat à la faiblesse de la production nationale et à l’absence de contrôle des marchés, ce qui contribue, selon lui, à la hausse continue des prix.
La même source a indiqué que la politique de soutien social visant à maintenir les prix des produits de base (pain, lait, huile et sucre) accessibles aux catégories vulnérables et moyennes ne suffit pas. Selon lui, ce soutien devrait également s’étendre aux médicaments, dont les prix ont fortement augmenté, au point que les malades ne peuvent plus se les procurer pour se soigner.
Selon le SG du SATEF, 65 % des retraités perçoivent des pensions ne dépassant pas 25 000 dinars, ce qui place un grand nombre d’entre eux dans la catégorie des pauvres. Il a ajouté que le discours officiel sur les augmentations salariales est en contradiction avec la réalité de millions d’Algériens bénéficiant des aides sociales et des paniers du Ramadan.
Amel Bici
LA NATION Quotidien National D'information