L’archevêque d’Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco, a souligné lundi l’importance exceptionnelle de la visite du pape Pope Leo XIV en Algérie, placée sous le thème « As-salamu alaykum ». Il a décrit cet événement comme un moment historique aux dimensions à la fois symbolique, spirituelle et politique.
Invité de l’émission « L’invité du jour » sur la chaîne 3 de la Radio algérienne, le cardinal a présenté le souverain pontife comme « un homme de paix », insistant sur la nécessité de ce message dans un contexte international marqué par la recrudescence des conflits. Il a déploré un retour de la guerre sur la scène mondiale et une remise en cause du droit international, appelant les croyants, toutes confessions confondues, à jouer un rôle de conscience en faveur de la paix.
Selon lui, cette visite dépasse largement le cadre religieux. Il a expliqué qu’il s’agit d’un événement majeur non seulement pour l’Église, mais aussi pour l’ensemble du peuple algérien, soulignant que le pape vient avant tout à la rencontre des Algériens. Il a ajouté que le message du pontife s’adressera aussi bien aux chrétiens qu’aux musulmans et à la jeunesse, dans un esprit de dialogue et d’ouverture.
Le cardinal a également mis en avant la dimension diplomatique de cette visite, rappelant qu’elle fait suite à une invitation officielle du président de la République Abdelmadjid Tebboune. Il a souligné que le pape, à la fois chef d’État et leader religieux, répond ainsi à une démarche porteuse de sens dans un monde marqué par les divisions. Il a d’ailleurs confié avoir encouragé cette visite dès l’élection du pape.
Au-delà de l’événement, Jean-Paul Vesco estime que cette visite met en lumière l’identité plurielle de l’Algérie, pays situé au carrefour des cultures et des civilisations. Il a évoqué notamment l’héritage historique lié à Saint Augustine, figure majeure du christianisme née sur cette terre, qui confère à cette visite une portée symbolique supplémentaire.
Le programme du pape reflète, selon lui, cette richesse à travers plusieurs étapes significatives, notamment le Monument des Martyrs, la Grande Mosquée d’Alger et la basilique Notre-Dame d’Afrique. Ce parcours incarne à la fois la mémoire nationale, la foi musulmane majoritaire et la présence chrétienne, illustrant une coexistence fondée sur le respect mutuel.
La visite au Monument des Martyrs revêt une dimension particulière. Le cardinal a estimé qu’il s’agit d’un geste fort, ce lieu symbolisant l’âme du peuple algérien et son attachement à la liberté. Il a également insisté sur la nécessité de reconnaître les blessures du passé, notamment celles liées à la colonisation, tout en appelant à dépasser ces tensions pour construire un avenir commun.
Installé en Algérie depuis plus de vingt ans, le cardinal a partagé une réflexion personnelle sur son identité, évoquant son attachement profond au pays et une double culture franco-algérienne qu’il considère comme une richesse. Il a souligné que les perceptions de l’histoire diffèrent entre les deux rives de la Méditerranée, mettant en lumière la complexité des mémoires.
Enfin, il a insisté sur la dimension humaine et fraternelle de cette visite. Préférant parler d’estime et de respect plutôt que de simple coexistence, il a regretté un manque de fraternité à l’échelle mondiale. Il a exprimé l’espoir que cet événement démontre la possibilité de relations sincères entre cultures et religions différentes et qu’il laisse une empreinte durable.
Ab.N
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