La Première ministre italienne Giorgia Meloni est attendue en Algérie ce mercredi 25 mars. Elle vient, entre autres, pour appuyer des négociations en cours pour l’augmentation des livraisons de gaz algérien pour l’Italie.
Dans le même temps, l’Espagne souhaite aussi augmenter ses importations de gaz d’Algérie qui, toutefois, réclame l’application des prix du marché, actuellement élevés.
Dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques et une volatilité accrue des marchés énergétiques, l’Algérie envisage de revoir sa politique tarifaire concernant ses exportations de gaz naturel et de gaz naturel liquéfié (GNL) à destination de l’Europe. Cette réflexion intervient alors que la crise énergétique s’intensifie, notamment à la suite de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, dont les répercussions affectent directement des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, passage clé pour le transport mondial de gaz et de pétrole, ainsi que plusieurs infrastructures énergétiques régionales.
Selon des informations relayées par la plateforme spécialisée « Énergie », basée à Washington et citant des sources non identifiées, Alger s’orienterait vers une renégociation de ses contrats avec ses partenaires européens. L’objectif serait d’augmenter les volumes exportés, tout en conditionnant toute hausse des livraisons à une révision préalable des prix actuellement appliqués. Cette approche traduit une volonté de tirer parti de la conjoncture internationale pour rééquilibrer les termes contractuels.
La guerre en cours au Moyen-Orient a en effet provoqué une forte tension sur les marchés gaziers. En Europe, les prix ont enregistré une hausse d’environ 40 %, avec des progressions quotidiennes inédites depuis août 2023. Cette flambée s’explique par les inquiétudes liées à une perturbation durable des approvisionnements, notamment en raison des risques pesant sur la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Ce corridor stratégique assure le transit d’environ un cinquième des exportations mondiales de GNL, ce qui en fait un point névralgique du commerce énergétique international.
Les projections des institutions financières confirment l’ampleur des risques. La banque Goldman Sachs estime qu’une interruption du trafic dans le détroit d’Ormuz pendant un mois pourrait entraîner un doublement des prix du gaz en Europe. En Asie, les prix spot pourraient, dans un tel scénario, bondir de 130 %, accentuant la pression sur les marchés mondiaux.
Parallèlement, la situation est aggravée par les perturbations de production dans certains pays exportateurs. QatarEnergy a ainsi déclaré un cas de force majeure sur plusieurs contrats de GNL, affectant notamment l’Italie, la Belgique, la Corée du Sud et la Chine. L’entreprise a indiqué que des frappes de missiles ayant ciblé les 18 et 19 mars le complexe industriel de Ras Laffan ont causé d’importants dégâts à des installations de traitement et de liquéfaction du gaz. Une évaluation est en cours afin de déterminer l’ampleur des dommages et le calendrier de remise en service.
Dans ce contexte de tension et de hausse généralisée des prix — qui ont dépassé les 70 dollars par mégawattheure sur les marchés européens ces dernières semaines — l’Algérie cherche à adapter sa stratégie commerciale. D’après les mêmes sources, une augmentation des prix comprise entre 15 % et 20 % serait envisagée pour les volumes supplémentaires négociés, qu’ils soient transportés par gazoducs ou sous forme de GNL.
Des discussions avancées seraient déjà en cours avec plusieurs partenaires européens, notamment l’Italie et l’Espagne. Madrid a récemment repris ses importations de GNL algérien après une interruption de trois mois due à des contraintes opérationnelles et à des conditions de marché défavorables. Cette reprise ouvre la voie à un renforcement de la coopération énergétique entre les deux pays.
L’Algérie occupe une place stratégique sur le marché énergétique européen. Elle couvre environ 30 % des besoins en gaz de l’Italie, ce qui lui confère un levier de négociation important, surtout dans un contexte où les pays européens cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement et à réduire leur dépendance vis-à-vis d’autres régions instables.
Les données récentes confirment ce positionnement. En 2025, l’Algérie est redevenue le premier fournisseur de gaz de l’Espagne, avec un volume d’exportation de 128 502 gigawattheures, représentant une part de marché de 34,56 %. Par ailleurs, les exportations de GNL ont connu une nette progression début mars, atteignant plus de 462 000 tonnes sur les deux premières semaines du mois.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie visant à compenser la baisse enregistrée en 2025, où les exportations de GNL ont reculé de 18 %, s’établissant à 9,54 millions de tonnes, contre 11,62 millions en 2024 et 13,45 millions en 2023, niveau le plus élevé de la décennie.
L’Europe demeure le principal débouché du gaz algérien. Parmi les principaux clients figurent la Turquie, la France, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, confirmant l’ancrage du pays dans le paysage énergétique régional.
Enfin, l’Algérie se distingue également par ses capacités de production. Elle figure parmi les cinq premiers pays africains en matière de liquéfaction, avec une capacité annuelle estimée à 25,3 millions de tonnes. Cette production est assurée notamment par les complexes industriels d’Arzew et de Skikda, exploités par le groupe Sonatrach, pilier du secteur énergétique national.
Mahdi B.
LA NATION Quotidien National D'information