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Crise algéro-française : des échanges techniques, mais aucun apaisement politique

Après près de dix-huit mois de tensions sans précédent, les relations entre l’Algérie et la France restent engluées dans une crise profonde, malgré quelques signes timides de reprise du dialogue. Rappelé à Paris en avril 2025, l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, a récemment livré une lecture sans détour de la situation, reconnaissant que les deux pays ont frôlé une « quasi-rupture » diplomatique et que le chemin vers un apaisement durable demeure semé d’embûches.

Dans un entretien accordé à la radio publique française RFI, le diplomate a confirmé que des canaux de communication ont été réactivés ces dernières semaines entre Paris et Alger. Ces échanges, essentiellement techniques, ont pris la forme de réunions de travail entre experts des deux pays. Pour autant, Stéphane Romatet n’a pas dissimulé la fragilité de cette reprise, soulignant que la crise est loin d’être dépassée et que la relation bilatérale reste suspendue à des décisions politiques majeures encore attendues.

Cette tentative de dégel intervient dans un contexte particulier, marqué par le changement de gouvernement en France. La nouvelle équipe ministérielle était censée infléchir une ligne devenue particulièrement dure à l’égard d’Alger, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires. À son arrivée, le nouveau ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, successeur de Bruno Retailleau, avait adopté un ton plus conciliant, affichant une volonté de dialogue après des mois de déclarations offensives qui avaient contribué à l’enlisement des relations.

Cependant, cette inflexion discursive peine à se traduire sur le terrain. La visite annoncée de Laurent Nuñez à Alger, présentée comme un test clé de la reprise du dialogue, a été retardée, alimentant interrogations et spéculations. Selon plusieurs observateurs, le ministre aurait été invité à tempérer son ardeur, laissant place à un jeu politique bien plus complexe que la seule approche sécuritaire ou policière de la crise. Si Stéphane Romatet confirme que l’invitation algérienne est bien réelle, il insiste sur la nécessité d’une préparation minutieuse afin de garantir le succès de cette visite, conditionnée à des avancées concrètes sur des dossiers jugés prioritaires par Paris.

De fait, les déclarations de l’ambassadeur confirment une forme de surplace dans la politique française à l’égard de l’Algérie. La logique demeure inchangée : tout rapprochement serait possible à condition qu’Alger accepte les exigences françaises. Stéphane Romatet les qualifie de « priorités ». Il s’agit, d’une part, de la reprise de la coopération sécuritaire, dans un contexte régional marqué par l’instabilité persistante au Sahel, et, d’autre part, d’un redémarrage effectif de la coopération migratoire, notamment sur la réadmission des ressortissants algériens faisant l’objet d’obligations de quitter le territoire français (OQTF). Sur ces deux volets, Paris attend des résultats « à la hauteur de ses attentes », présentés comme un préalable à toute normalisation durable.

Sur le plan diplomatique, la visite à Alger, en novembre dernier, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, avait constitué un premier signal d’ouverture. Cette mission avait permis, pour la première fois depuis juillet 2024, de rétablir un canal diplomatique officiel, notamment autour de la crise sahélienne, mais aussi, en arrière-plan, de dossiers sensibles comme le Sahara occidental, après l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Malgré ces signaux, le silence des autorités algériennes reste total sur l’état réel des discussions. Aucune déclaration officielle n’est venue confirmer ou infirmer les propos de l’ambassadeur français, entretenant une asymétrie de communication révélatrice de la profondeur de la crise et laissant planer l’incertitude sur l’évolution des relations à court terme.

Parmi les points de friction évoqués par Paris figure le cas du journaliste français Christophe Gleizes, détenu et condamné par la justice algérienne. La France réclame sa libération, une exigence perçue à Alger comme une remise en cause de la souveraineté judiciaire nationale. Autre sujet de crispation : le projet de loi algérien sur la criminalisation de la colonisation. Là encore, Paris considère ce texte comme un obstacle au rapprochement. Pour de nombreux analystes, cette position traduit une lecture française selon laquelle l’Algérie devrait renoncer à toute affirmation de sa souveraineté historique et juridique pour rétablir des relations apaisées.

À ces différends politiques s’ajoute un volet économique de plus en plus conflictuel. Stéphane Romatet accuse l’Algérie d’avoir utilisé « l’arme économique », évoquant des mesures assimilées à un quasi-boycott visant les entreprises françaises. Ces entraves aux échanges auraient, selon lui, fortement détérioré le climat des affaires, au point de bloquer toute perspective de renégociation de l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne.

Dans ce contexte tendu, le retour de Stéphane Romatet à son poste à Alger reste suspendu à une décision du président français Emmanuel Macron, qui jugera si les conditions politiques sont réunies. En attendant, la relation algéro-française évolue dans une zone grise, oscillant entre contacts techniques prudents et blocages politiques persistants.

Entre changements de discours à Paris, exigences sécuritaires et migratoires maintenues, et mutisme officiel à Alger, la crise semble entrer dans une phase d’attente stratégique, où chaque geste est scruté, mais où l’apaisement réel demeure, pour l’heure, hors de portée.

Sid Ali

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