Plusieurs institutions palestiniennes et organisations de défense des droits de l’homme démentent la version israélienne sur le massacre près du centre d’aide humanitaire à l’ouest de Rafah
Plusieurs institutions palestiniennes et organisations de défense des droits humains ont dénoncé comme mensongère la version israélienne concernant le massacre survenu près d’un centre d’aide humanitaire à l’ouest de la ville de Rafah, qui a causé la mort de plus de 30 civils et blessé plus de 200 autres. L’armée israélienne a tenté de se dérober à sa responsabilité en niant avoir tiré directement sur des civils non armés dans cette zone. Pendant ce temps, l’organisation « Avocats pour la Palestine » en Suisse (ASAP) a révélé de graves objectifs sécuritaires liés à l’entreprise américaine supervisant la distribution de l’aide à Gaza.
Le Bureau d’information du gouvernement a déclaré que l’armée israélienne a diffusé une vidéo falsifiée et trompeuse pour couvrir son crime odieux, dans lequel 31 civils ont été tués et 200 autres blessés devant les centres de distribution de ce qu’ils appellent « l’aide humanitaire israélo-américaine » à Rafah. Cette vidéo, selon le bureau, est une tentative flagrante et évidente de disculper Israël de ce massacre.
L’armée sioniste avait en effet publié une séquence filmée par un drone de surveillance, affirmant que des hommes armés auraient tiré sur les foules cherchant de la nourriture et de l’aide.
Le Bureau d’information souligne que la diffusion de la vidéo plus de 15 heures après le massacre, et son montage orienté pour innocenter Israël, prouvent qu’il s’agit d’une campagne médiatique bien orchestrée, sans lien avec la vérité, visant à déformer la réalité. Le bureau précise que les affirmations israéliennes faisant état de tirs par des hommes armés locaux sont « des mensonges manifestes, contredits par les faits sur le terrain et les témoignages de survivants ». Il ajoute que la vidéo publiée aurait été filmée à l’est de Khan Younès, et non à l’ouest de Rafah.
Selon cette version, des milices connues pour leur lien sécuritaire avec Israël, soutenues et protégées par l’armée israélienne, auraient provoqué le chaos en pillant les aides sous les yeux des drones israéliens, avant de tirer en l’air pour semer la panique.
Le bureau dénonce également que la vidéo montrait la distribution de sacs de farine, alors que ces centres d’aide humanitaire israélo-américains ne distribuent pas de farine, ce qui prouverait selon lui que la scène est entièrement fabriquée dans le but de tromper l’opinion publique. Il affirme que depuis le début de l’agression, l’armée israélienne a eu recours à de nombreuses vidéos truquées et préparées à l’avance pour justifier ses crimes.
Des versions israéliennes contradictoires
De son côté, Rami Abdu, président de l’Observatoire Euromed des Droits de l’Homme, a déclaré que l’armée israélienne avait proposé cinq versions contradictoires pour tenter, en vain, de nier sa responsabilité dans ce qu’il a qualifié de « massacre de Weitcof » près d’un point de distribution de l’aide israélo-américaine à Rafah. Dans un message sur X (anciennement Twitter), il écrit :
« D’abord, ils ont nié que quoi que ce soit se soit produit. Ensuite, ils ont admis un incident, mais ont affirmé qu’il n’avait rien à voir avec le centre de distribution ni avec l’armée. Puis, ils ont publié des images montrant une distribution d’aides comme si tout allait bien. Après, ils ont reconnu que des soldats avaient tiré, mais seulement en l’air. »
Il poursuit : « Ils ont ensuite affirmé qu’aucune personne n’avait été blessée, alors que les équipes médicales ont bien reçu les corps des martyrs, ce qui démontre le mensonge de cette version. »
Enfin, Israël a publié une vidéo décrite comme « scandaleuse », insinuant que les tirs provenaient de membres armés du Hamas, alors que les images provenaient d’un endroit complètement différent, montrant des milices pillant les aides, présentées comme soutenues par Israël. Il conclut : « Israël est un État construit sur le mensonge. Il ment aussi naturellement qu’il respire. »
Mises en garde concernant une entreprise de sécurité américaine
Dans le même contexte, Majed Abu Salama, président de l’alliance Avocats pour la Palestine (ASAP) basée en Suisse, a mis en garde contre les objectifs sécuritaires de l’entreprise américaine supervisant la distribution de l’aide humanitaire à Gaza en partenariat avec Israël.
Dans une publication sur Facebook, il explique que cette entreprise n’a aucun employé à Gaza ni en Israël, mais travaille avec une société de sécurité appelée Safe Access Solutions, qui est en train d’embaucher massivement d’anciens soldats américains, des retraités militaires spécialisés, des agents de sécurité et des experts en renseignement visuel. Ces personnes sont recrutées avec un salaire journalier de 1000 dollars, avec des contrats de 3 à 6 mois renouvelables, pour collecter des données facilitant la gestion ou le contrôle de Gaza, tout en sécurisant les aides humanitaires.
Abu Salama explique que les Gazaouis affamés sont surpris, en arrivant aux centres de distribution, par la présence massive de drones de type quadcopter et de salles d’observation entourant les lieux à Rafah. Cela vise à étudier de près les comportements de la population épuisée, à collecter des images numériques et des identités, à identifier les membres du Hamas ou d’autres groupes armés.
Il précise que de nombreux employés de cette société ont une expérience dans l’analyse du renseignement visuel, les opérations sur le terrain, et les interventions en zone de conflit à l’intérieur de Gaza. Leur mission inclut également d’empêcher toute personne armée d’accéder aux lieux de distribution.
Enfin, il révèle que l’entreprise n’est pas uniquement enregistrée en Suisse, mais possède également deux autres enregistrements aux États-Unis. Deux plaintes ont été déposées contre elle par ASAP et une autre organisation auprès du gouvernement suisse, réclamant la surveillance de ses activités et l’ouverture d’une enquête, affirmant qu’il existe une coopération à haut niveau pour limiter ses opérations et protéger les organisations humanitaires opérant sous mandat international, notamment celles affiliées à l’ONU.
R.I
LA NATION Quotidien National D'information