«Le dialogue doit se dérouler sous l’égide des Nations Unies »

Près d’un mois après le départ du président Bachar El Assad, le ministre algérien des affaires étrangères, M. Ahmed Attaf a clarifié, dans une conférence de presse organisée hier, la position de l’Algérie sur la situation sécuritaire et politique régnante dans ce pays. «Nous insistons sur trois principes, dont le premier est que la Syrie appartient à tous, sur le respect de l’intégrité territoriale de la Syrie et sur le fait que le dialogue doit se dérouler sous l’égide des Nations Unies », a-t-il déclaré. La formulation traduit clairement une constante de la diplomatie algérienne vis-à-vis de ce qui se passe en Syrie. Elle ne diffère en rien de la position de l’Algérie sur la crise libyenne, soudanaise ou tous autres pays traversés le même type de problème : guerre civile, division politique et géographique, intervention de puissances étrangères.
Le cas de la Syrie après la chute de l’ancien régime est édifiant. Le pays est divisé, aujourd’hui, en plusieurs zones d’influences étrangères, si non complètement occupées militairement. De ce point de vue, l’Algérie, a clairement affirmé Ahmed Attaf, qu’elle « reconnaîtra des Etats et non des gouvernements.» Même si l’ambassade de l’Algérie à Damas est toujours ouverte.
Pour rappel, le ministère des Affaires étrangères avait confirmé, suite à la chute du régime d’ al-Assad, que l’Algérie “suit avec une grande attention les développements récents et les changements rapides en République arabe syrienne”. Il avait également appelé “toutes les parties syriennes à l’unité, à la paix et à œuvrer pour préserver la sécurité, la stabilité, l’unité et l’intégrité de son territoire”.
L’Algérie avait également exprimé, à travers un communiqué de son ministère des Affaires étrangères, sa “solidarité avec le peuple syrien frère, qui partage avec le peuple algérien des pages brillantes d’histoire commune fondées sur la solidarité et l’entraide”. Elle avait appelé à “un dialogue entre les enfants du peuple syrien, dans toute sa diversité et ses composantes, en mettant en avant les intérêts supérieurs de la Syrie sœur et en préservant les biens et ressources du pays, tout en se tournant vers l’avenir pour construire une nation qui accueille tout le monde, dans le cadre d’institutions issues de la volonté du peuple syrien, loin de toute ingérence étrangère”
Sur un autre registre, mais lié étroitement à la crise dans la région moyen-orientale, le ministre des affaires étrangères à annoncé l’organisation par l’Algérie d’une réunion ministérielle au Conseil de sécurité des Nations Unies sur l’évolution de la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient », indiquant que « la réunion sera organisée pour discuter de l’extension du fléau du terrorisme et de sa propagation à travers notre continent ».
Bientôt un 3e Sommet à Tripoli entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye
Sur sa lancée, il dira que « la proposition de l’Algérie de créer un mécanisme trilatéral de consultation et de coopération a été approuvée par la Tunisie et la Libye, et a abouti à des projets concrets pour prendre en charge les problématiques de ces pays ».
« Nous préparons actuellement le troisième sommet à Tripoli au début de la nouvelle année », affirme-t-il, ajoutant que « l’Algérie a renforcé sa coopération par des visites menées par le Président de la République en Tunisie, en Mauritanie et au Sultanat d’Oman, ainsi que par les visites de dirigeants africains en Algérie ».
Dans le même registre régional, M Attaf a indiqué que la mission qui lui été confiée par le Président de la République auprès de plusieurs pays africains est triple, et comprend notamment la candidature de l’Algérie à la vice-présidence de l’Union africaine, affirmant qu’« il y a un large consensus pour accorder à l’Afrique deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l’ONU, et c’est ce sur quoi nous échangeons en tant qu’Africains ».
En ce qui concerne la question du Sahara Occidental, M. Ahmed Attaf a affirmé que la position de l’Algérie sur cette question trouve sa force et sa justesse dans des principes historiques qui ne souffrent aucune falsification. Il s’agit d’une question de décolonisation dont le processus n’a pas été achevé.
Attaf a souligné que le peuple sahraoui exerce son droit inaliénable. L’occupation marocaine est une agression complète et il est impossible de la légitimer comme une situation inévitable. Il a également précisé que toute solution à la question du Sahara Occidental qui s’écarterait de la décolonisation est une illusion, comme le concept d’autonomie.
La Palestine au cœur de l’action de l’Algérie au conseil de sécurité
En outre, il affirme qu’« il est à l’honneur de l’Algérie, depuis son adhésion au Conseil de sécurité, qu’elle ait été à l’origine de toutes les initiatives visant à maintenir l’attention sur la cause palestinienne », d’une part et « qu’elle ait proposé de nombreux projets de résolutions et déclarations au Conseil de sécurité dans le but de freiner l’agression sioniste contre Ghaza ».
Dans ce sens, M Attaf affirme que « l’Algérie a remis à l’ordre du jour le dossier de l’adhésion pleine et entière de l’État de Palestine à l’Organisation des Nations Unies sur la base de ses droits légitimes », rappelant que « « la position de l’Algérie sur la question du Sahara occidental tire sa force et sa justesse de principes historiques qui ne tolèrent aucune falsification, car il s’agit d’une question de décolonisation dont le processus n’a pas été mené à terme », tout en soulignant que « le peuple sahraoui est maître de ses droits inaliénables, et l’occupation marocaine est une agression complète qui ne peut être légitimée comme un fait accompli. Nous confirmons que toute solution à la question du Sahara occidental qui contredirait la décolonisation est une illusion, telle que l’autonomie ».
2024, une année de crises et de conflits
Aux yeux de M Attaf, « l’année 2024 a été caractérisée par l’augmentation et l’aggravation des conflits, des différends et des guerres, dans un contexte international tendu, sans précédent depuis la guerre froide », ajoutant qu’« il était impératif pour nous de nous adapter aux transformations observées à l’échelle régionale et internationale, et nous poursuivons nos efforts pour préserver les intérêts de notre pays et renforcer son rôle, tant dans le monde arabe, africain, islamique et méditerranéen, qu’en dehors de ces appartenances ».
Aussi, le ministre relève qu’« avec toutes les évolutions et transformations qu’a connues l’année 2024, nous avons observé un virage catastrophique dans les relations internationales au cours des trois dernières années », indiquant que « l’Algérie consacre son mandat au Conseil de sécurité de l’ONU à la défense des causes justes, en tête desquelles la cause palestinienne et la question du Sahara occidental ».
Synthèse : Sid Ali
LA NATION Quotidien National D'information