
Dans une salle de réunion où le drapeau de l’opposition syrienne flotté en arrière-plan, le nouveau premier ministre syrien Mohamed al-Bashir a fait son premier discours. Il s’agit d’une déclaration, plutôt courte, dans laquelle il a indiqué avoir présidé une session du Conseil des ministres avec la participation de « l’équipe du gouvernement de salut syrien qui œuvrait dans la région d’Idlib et ses environs, ainsi que l’ancien gouvernement syrien du régime déchu. » « Le but de cette session, a-t-il déclaré, est de transférer les institutions et les dossiers du gouvernement déchu au gouvernement syrien intérimaire afin de prendre en charge ces dossiers et de gérer les affaires.»
Dans une interview à Al-Quds Al-Arabi, al-Bashir a confirmé que la mission du gouvernement de transition est désormais de « gérer les affaires de la phase de transition durant la période à venir », en supervisant le « transfert des dossiers des institutions étatiques du gouvernement déchu vers notre gouvernement, qui a déjà commencé à recevoir ces dossiers dès ce matin (mardi) ».
«Les objectifs que nous espérons atteindre dans les prochains jours, ajoute al-Bashir, sont de rétablir la sécurité et la stabilité dans les villes syriennes. Le peuple a souffert de l’injustice et de la tyrannie durant les périodes précédentes, et il est impératif de restaurer l’autorité de l’État afin que les citoyens puissent reprendre leurs activités économiques et de vie habituelles.»
Le premier ministre a souligné que les Syriens ne peuvent pas continuer à vivre sans des services de base tels que l’électricité, l’eau et le pain. « Ce sont des questions que nous plaçons au cœur de nos priorités en tant que gouvernement intérimaire. Nous visons à améliorer ces services », a-t-il déclaré.
Al-Bashir a poursuivi en expliquant que le régime avait laissé les conditions de vie des citoyens dans un état déplorable, ce qui « nous charge de nombreuses responsabilités. Nous avons hérité de dettes financières accumulées par le gouvernement, ce qui rend les défis encore plus grands ». Cependant, il a rassuré les Syriens en affirmant : « Étant donné que nous avons une expérience réussie en province d’Idlib, nous ferons les efforts nécessaires pour amener la Syrie à un meilleur endroit. Mais il faut savoir que cela prendra du temps et que ce ne sera pas rapide. »
Justice et responsabilité
Concernant la justice et le processus de responsabilisation, al-Bashir a souligné qu’il existe des figures du régime déchu qui ont commis des crimes de guerre contre le peuple syrien avant et pendant la révolution. « Nous parlons de personnes disparues et cachées dans les prisons depuis des dizaines d’années. Un grand nombre de Syriens ont été arrêtés et persécutés pendant la révolution. Toute personne prouvée coupable de sang et de meurtres de Syriens sera tenue responsable », a-t-il déclaré.
En ce qui concerne la manière dont les responsables seront tenus pour responsables et identifiés, al-Bashir a précisé que ces individus sont « des figures connues, accusées de meurtres et de torture. Leurs crimes ont été documentés par de nombreuses organisations médiatiques internationales et ONG, et des sanctions internationales ont été imposées à un grand nombre de membres du régime pour violation des droits de l’homme et des lois de guerre. Ils ont tué et torturé des gens dans les prisons, et nous les tiendrons responsables conformément aux lois syriennes en vigueur ».
La situation économique et le sort de la Banque centrale
Concernant la situation financière en Syrie, al-Bashir a révélé que les informations sur les actifs de la Banque centrale syrienne sont encore floues, « tout comme pour tous les fichiers des institutions de l’État. Nous recueillons actuellement des données et des informations dans toutes les institutions et ministères afin d’élaborer une vision correcte pour la prochaine phase». Il a également affirmé que « la situation financière en Syrie est très mauvaise. Les devises étrangères à la Banque centrale sont rares, et tout ce qui reste est la livre syrienne, qui a complètement perdu sa valeur. Pendant la crise, le taux de change de la livre syrienne est monté à 35 000 pour un dollar, et elle a encore beaucoup perdu de sa valeur aujourd’hui. »
Malentendus sur leur mouvement politique
Al-Bashir a exprimé son mécontentement face au « malentendu » concernant leur mouvement politique, et la stigmatisation de celui-ci comme étant radical et en quête de créer un « État islamique ». Il a affirmé : « Le comportement erroné de certains groupes islamistes a conduit la majorité des gens, notamment en Occident, à considérer tous les musulmans de la même manière. » De ce fait, « les gens perçoivent les projets islamiques et les musulmans sous un angle négatif, marqué par le radicalisme et le terrorisme, en raison de comportements mal compris et de l’ignorance des véritables enseignements de l’islam, qui est une religion de justice et capable de garantir les droits de tous, de toutes les communautés en Syrie ».
Il a ajouté que, globalement, la Syrie s’achemine vers une nouvelle constitution, et que ces questions seront abordées plus clairement à ce moment-là.
La question des bases russes
Enfin, en réponse à une question concernant des garanties données à la Russie pour ne pas attaquer ses bases militaires en Syrie, al-Bashir a répondu calmement : « Depuis le début des opérations militaires pour libérer la Syrie, plusieurs déclarations ont été émises par nous, visant à adresser des messages à tous les pays, comme l’Irak, la Chine, et d’autres. Ces déclarations ont souligné que notre révolution est une révolution juste et noble contre le régime criminel de Bashar al-Assad. Elle a été lancée pour mettre fin à l’injustice et à la tyrannie envers son peuple. Par conséquent, nous n’avons aucun problème avec aucun pays, groupe»
Il a conclu en disant : « Notre problème est avec un régime sanguinaire qui a massacré des innocents, et nous avons fait passer un message politique à tous les pays : tout pays qui est éloigné de ce régime, nous n’avons aucun problème avec lui.»
Force est de constater que le premier ministre intérimaire n’a, à aucun moment évoqué la présence de l’entité sioniste sur le théâtre des opérations militaires en Syrie. Faut-il rappelé qu’au moment où l’opposition syrienne danse et chante la libération du pays de la « Tyrannie » de Assad, l’armée sioniste a détruit ce qui reste de l’Armée syrienne. Des informations concordantes ont parlé de la destruction de plus de cent-vingt avions militaires. Mais pour al-Bashir et, avant lui El joulani, cela ne pose pas de problème.
Abir.N
LA NATION Quotidien National D'information