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Une compagnie dans la tourmente : l’avenir incertain d’Air Algérie

La baisse des recettes due à la crise du covid-19 n’est pas le seul paramètre qui puisse expliquer la situation peu réjouissante que vit la compagnie nationale du transport aérien. Des décennies de mauvaise gouvernance risquent d’avoir raison de l’un des plus vieux opérateurs du ciel au monde. A l’instar de toutes les compagnies aériennes, Air Algérie subit de plein fouet les retombées de la crise du covid-19. Durant l’exercice 2020, ses pertes se sont élevées à 40 millions de dollars. C’est énorme pour un opérateur de petite taille dont le personnel pléthorique dépasse, selon des sources, les 10 000 employés et, qui plus est, couvre un réseau d’une quarantaine de dessertes internationales ainsi qu’une trentaine de destinations locales. « Air couscous » ou « Air Mal Gérée » comme aiment l’appeler les Algériens, est loin d’être un modèle de bonne gouvernance. Ses retards structurels, son service critiquable, ses tarifs élevés sont parmi les causes de la défiance de sa clientèle en particulier celle formée par la communauté algérienne de l’étranger. Ces faiblesses constituent la partie visible d’un iceberg de problèmes cachés sous une lourde carlingue qui réduisent sa performance et l’empêchent de se développer. Symptôme de ce malaise, le récent limogeage de son Pdg, Bekhouche Allèche et son remplacement par son conseiller, Amine Debaghine Mesraoua, à la suite d’une obscure affaire de catering qui a également coûté son poste au ministre du Transport, Lazhar Hani.
Air Algérie survivra-t-elle à la zone de fortes turbulences qu’elle traverse alors que la majorité de ses appareils sont cloués au sol ? Peut-elle longtemps supporter les charges, dont une énorme masse salariale, qui pèsent sur son budget pendant que ses recettes rétrécissent comme une peau de chagrin ? Peut-elle garder la même organisation et le même fonctionnement, à l’instar d’un îlot protégé du cataclysme qui menace de souffler les fondations de l’économie algérienne ? En attendant les réponses, l’histoire semble se répéter. Car tout porte à croire que nous sommes en train de vivre une réplique majeure de la crise du milieu des années 2000. Ce séisme de forte magnitude avait terrassé le transport aérien sous les effets conjugués des attentats du 11 septembre, de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), de la fièvre des subprimes et enfin du choc pétrolier de 2008. L’industrie avait alors perdu près de 30 milliards de dollars ; un montant équivalent à tous les profits engrangés par le secteur depuis le début de l’aviation civile.
On se souvient que des opérateurs de premier rang, comme Sabena et Swissair en Europe, United Airlines aux Etats-Unis et Air Canada, s’étaient déclarés en faillite et n’ont jamais vraiment repris la santé depuis. A quelques détails près, ce beau monde court le même risque aujourd’hui à l’approche d’un gigantesque cumulonimbus qui menace de le broyer.
Air Algérie, dont le chiffre d’affaires a dramatiquement chuté durant les dix derniers mois, sera contrainte de manœuvrer avec très peu de marge et de carburant financier pour éviter un atterrissage en catastrophe. A moins d’un miracle ou d’une profonde mutation, la compagnie nationale est techniquement proche du dépôt de bilan.
Le crash sera, à coup sûr, énorme. Il endeuillera l’ensemble du pays, car il serait triste de dilapider ce capital d’expérience et de savoir-faire forgé pendant six décennies. Voir mourir ce fleuron made in Algeria qui a précédé Emirates, native de 1985, et Qatar Airways, créée en 1993, serait un coup fatal porté à l’orgueil national. Car, à bien des égards, Air Algérie, tout comme le dinar, symbolise quelque peu la souveraineté du pays.

Mohamed Badaoui

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