Accueil / International / Exode massif d’Africains en perspective : une poudrière sur le point d’exploser

Exode massif d’Africains en perspective : une poudrière sur le point d’exploser

La migration clandestine met en péril la vie de ceux qui la tentent et menace la sécurité des pays que ces flux de population traversent. Avec la crise alimentaire mondiale qui se profile, la situation risque de connaître des développements dramatiques.    

L’Afrique paie depuis des siècles les conséquences de la colonisation européenne. Non encore remise de ce traumatisme, elle souffre, aujourd’hui, de malnutrition dans certaines régions, de famine dans d’autres, de maladies infectieuses, de pauvreté, de guerres et d’illettrisme.

Tous ces maux ont conduit une partie de sa population, en particulier les jeunes générations, à fuir sa terre natale pour se réfugier dans des pays voisins ou tenter de traverser la mer pour espérer gagner l’Europe.

Pendant ces déplacements risqués, les candidats sont à la merci de diverses bandes organisées qui les rackettent, les maltraitent, les transforment parfois en esclaves ou en marchandises dont ils tirent profit.  Ceux d’entre eux qui arrivent au bord de la Méditerranée jouent leur vie et engagent leurs dernières économies pour espérer atteindre, sains et saufs, sa rive nord.

Durant ce périple, les migrants se mettent en danger et menacent la sécurité des Etats qu’ils traversent. Les réseaux mafieux, les groupes terroristes peuvent les utiliser pour atteindre des objectifs. Ils provoquent, d’autre part, des déséquilibres démographiques rapides dans les zones où ils s’installent en masse. C’est pourquoi, dans certains cas, les autochtones peuvent s’en prendre à eux, les accusant d’aggraver les difficultés qu’eux-mêmes vivent.

La tuerie de masse récemment commise par la police marocaine pour empêcher des Sahéliens de franchir la frontière espagnole à Ceuta témoigne de la brutalité dont peuvent être victimes les migrants. Considérés comme des sous-hommes, ceux qui fuient un destin tragique dans leur pays d’origine font face aux sévices, au mépris et, parfois, au meurtre lorsqu’ils décident de le quitter pour une existence, croit-ils, meilleure.

De toute façon, même lorsqu’ils débarquent en Europe, leur calvaire continue. La législation de ce continent durcit au fil des années face à l’augmentation de la migration clandestine. En plus du rejet, de la xénophobie, de l’internement préventif, les nouveaux arrivants doivent accepter des conditions de vie parfois pires que celles qu’ils ont laissées derrière eux.

Sans papiers, sans qualifications et sans maîtriser la langue du pays d’accueil, ils subissent l’exclusion, l’exploitation et un statut équivalent à celui d’une bête de somme avant la déportation dans certains cas. En dépit de cela, ils sont des millions en Afrique prêts à supporter l’épreuve pour réaliser le rêve de s’installer dans un pays développé.

La tendance risque de connaître une amplitude et de s’accélérer sous la menace de la crise alimentaire qui se profile dans le monde. Le péril d’un exode massif en raison de la sécheresse due en grande partie au changement climatique, est maintenant attisé par les conséquences de la guerre russo-ukrainienne.

Si, sous l’effet de la faim et la soif, un déplacement de masse de ressortissants africains a lieu, la situation peut s’accompagner de développements géopolitiques dramatiques.

Samedi, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a averti que les services de protection font « cruellement » défaut aux réfugiés et migrants effectuant des voyages périlleux depuis le Sahel et la Corne de l’Afrique vers l’Afrique du Nord et l’Europe.

Cette mise en garde sonne comme si le continent allait connaître la fatalité d’un exode d’ampleur. Même sans cela, aujourd’hui, ceux qui bravent le danger de partir vers des cieux plus cléments se retrouvent souvent en Enfer. Selon un rapport du HCR, les victimes sont laissées pour mortes dans le désert, d’autres subissent des violences sexuelles et sexistes répétées, des enlèvements contre rançon, des tortures et de nombreuses formes d’abus physiques et psychologiques.

« Je suis consterné par les abus auxquels les réfugiés et les migrants sont confrontés lorsqu’ils traversent le Sahel, l’Est et la Corne de l’Afrique vers l’Afrique du Nord, et parfois vers l’Europe », a ainsi déclaré l’Envoyé spécial du HCR pour la situation en Méditerranée centrale et occidentale, Vincent Cochetel. « Trop de vies ont été perdues ou brisées sur ces routes », a-t-il déploré. Ce n’est apparemment que le commencement si des solutions ne sont pas rapidement trouvées pour éviter le drame qui se dessine.

Mohamed Badaoui

A propos LA NATION

Voir Aussi

Opération Barkhane : le dernier soldat français a quitté le Mali

La dernière base militaire française, située dans la ville de Gao, dans le nord du …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *