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Reportage : après une année de pause , « Didouche-Mourad » renoue avec la contestation

Après une pause d’une année à cause de la pandémie, les Algériens reprennent les marches à l’occasion du deuxième anniversaire du début du Hirak. A Alger, la démonstration était impressionnante de force et augure d’un retour, pour longtemps, du mouvement populaire qui a mis fin au règne de Bouteflika. 

Une image d’abord. Dans une boulangerie du centre-ville, une femme dans la quarantaine salive devant un gâteau mais n’a visiblement pas les moyens de s’offrir la sucrerie. Elle entame alors une négociation pour l’obtenir à 30 dinars et obtient gain de cause après insistance auprès du patron. A sa façon de déguster sa friandise, on sent que cela ne lui arrive pas souvent. Après un moment, elle propose un bout à l’adolescente qui l’accompagne mais, celle-ci, les yeux baissés, probablement de honte, refuse gentiment en prétextant ne pas aimer la baklawa. Son autre enfant qui, lui, ne dépasse pas les cinq ans, tend la main, avec une expression de profond désir, pour avoir un petit morceau.

La dame n’a pas l’aspect misérable. Ses enfants sont propres et correctement habillés. Elle fait vraisemblablement partie des six millions d’Algériens, dont a parlé Abdelmadjid Tebboune, qui vivent avec 20 mille dinars par mois, peut-être avec moins. Elle revient du Hirak et porte encore, sur les épaules, l’écharpe aux couleurs de l’Algérie. Elle est venue manifester sa colère et son espoir d’un changement qui permettrait à ses enfants d’avoir un meilleur sort que le sien.

En ce lundi 22 février 2021, des milliers d’Algérois de différentes conditions mais faisant partie, dans leur majorité, de la classe moyenne sont sortis, comme elle, pour célébrer le deuxième anniversaire du déclenchement de leur mouvement.

Dispositif de sécurité étanche et pluie bruine

En dépit d’un dispositif de sécurité étanche et d’une petite pluie qui tombait de nuages ocres charriés depuis la veille par un vent de sable, ils ont investi la rue Didouche-Mourad pour renouer avec la contestation.

Comme s’il n’y avait eu aucune pause, la même coordination, la même auto-organisation, la même démarche pacifique animaient, comme en 2019, la masse compacte qui s’allongeait le long de l’artère principale de la capitale.

Empêchée de monter au quartier du Sacré-Cœur par quatre cars de police qui lui barraient le passage, au coin de la rue Victor-Hugo, la marée humaine ne semblait avoir aucun centre de gravité, ni de meneurs. C’est dans la spontanéité et l’improvisation que les évènements se déroulaient.

Instruits par une décennie de violence durant les années 1990, les Algériens semblent avoir fourbi d’autres moyens de lutte pour faire entendre leur voix. Le Hirak « originel », pour paraphraser le discours officiel, leur a également appris comment mettre fin, sans casse, à un règne de vingt ans de gaspillage, de mauvaise gestion et surtout de corruption, en chantant et en tapant des mains. Et puisque la méthode a réussi une fois, ils veulent apparemment rééditer l’exploit par une pression ininterrompue sur le pouvoir et le pousser ainsi à agir au diapason de leurs desideratas.

Les slogans qui s’élevaient de milliers de poitrines ont peu changé par rapport à ceux entonnés lors des marches avant l’interruption du Hirak, mais la détermination des protestataires et leur long souffle préfigurent le retour du peuple sur la scène. Le Hirak est décidé, malgré tout ce qu’on en pense, tout ce qu’on en dise, à changer patiemment le visage de l’Algérie.

Mohamed Badaoui

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