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Rentrée scolaire : surnombre et hantise du décrochage

La rentrée scolaire est toujours un événement considérable dans tous les pays du monde. En Algérie, où l’enseignement est obligatoire jusqu’à la fin du cycle moyen, l’école souffre encore de plusieurs difficultés qui produisent un décrochage inquiétant et un niveau de connaissances insuffisant.  

Plus de 10 millions de jeunes algériens ont repris l’école hier. C’est un nombre qui avoisine et parfois dépasse la population de certains pays, notamment la Finlande qui n’est peuplée que de six millions d’âmes mais qui possède le meilleur système éducatif au monde.

Les élèves seront répartis sur 19.308 écoles primaires, 5.630 collèges et 2.488 lycées. Compte tenu de leur masse, il est aisé de constater qu’ils seront à l’étroit avec une moyenne de 30 enfants par classe. Une division élémentaire permet de savoir que, pour permettre aux 5 millions d’élèves du primaire d’être à 20 par cours, il faudrait construire des écoles dotées chacune de 300 classes ou édifier beaucoup d’autres établissements.

Cette surcharge constitue en soi une faiblesse de l’enseignement en Algérie. Les 473.166 enseignants que compte le système éducatif fondamental souffrent dans leur majorité de surmenage et de conditions de travail difficiles. Ce corps a d’ailleurs mené plusieurs grèves ces dernières années et risque également de débrayer cette année. Même si les programmes sont bien conçus et adaptés de modèles étrangers réussis, il n’en demeure pas moins que, dans une telle atmosphère, la transmission du savoir à des apprenants, jeunes et parfois turbulents, ressemble à une pénitence.     

Les deux dernières saisons scolaires désastreuses que viennent de passer les enfants d’Algérie à cause de la crise sanitaire et des restrictions qui l’ont accompagnées laisseront, elles aussi, des marques indélébiles. Déjà qu’en temps normal la déperdition scolaire est inquiétante, il faut s’attendre à voir le phénomène s’amplifier.  

L’année 2021 a démontré que le décrochage a touché 113 475 enfants à la fin du cycle moyen. Cette cohorte manquait à l’appel à l’examen du Brevet d’enseignement moyen qui marque la fin de l’instruction obligatoire. Le phénomène touche plus les garçons que les filles puisque sur les 625 223 candidats scolarisés ayant passé l’épreuve, 332 456 étaient des demoiselles contre seulement 292 767 jeunes messieurs.

La même tendance est observée à l’occasion du baccalauréat. Ainsi, sur 459 545 candidats 278 712 sont des filles et 180 833 des garçons, soit une différence de 92 879 à l’avantage du sexe faible. Or, si la tendance était normale, on devrait trouver au bas mot une parité et même un surplus de garçons.

Tout cela évidemment est considéré du point de vue de la quantité. Qualitativement, l’Education nationale qui jouit d’un budget colossal peine à fournir des générations de diplômés doués d’un bagage intellectuel, technique et d’un capital culturel de haut niveau. La formation de base, malgré un programme dense, surchargé, demeure peu efficiente. Le niveau général des élèves algériens paraît faible par rapport à leurs congénères de certains pays qui investissent pourtant moins d’argent dans l’enseignement. Le système éducatif continue d’enserrer l’apprenant dans un carcan qui empêche le développement de son esprit critique, créatif et de synthèse tout en le considérant comme un simple contenant à remplir de données.  

Une fois à l’université, l’étudiant souffre de cette impréparation à prendre l’initiative pour aller chercher par lui-même le savoir et développer ainsi ses compétences scientifiques et intellectuelles. C’est le principal motif qui empêche les universités algériennes d’améliorer leur classement dans le gotha mondial.   

Pour un pays qui dit se préparer à développer l’économie du savoir et à exporter les produits de son intelligence, il y a des questions urgentes à résoudre au niveau du cycle fondamental de l’enseignement. C’est là où tout se joue, disent les spécialistes.Mohamed Badaoui

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