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Portrait / Mustapha Zitouni : La légende…oubliée

Par Madjid Khelassi 

Quelle histoire que celle de Mustapha Zitouni,  qui ne commença à jouer au foot qu’à l’âge de 17 ans et qui illustra (comme personne) l’histoire de son pays via une carrière de footballeur hors du commun.

Mustapha Zitouni naquit le 19 octobre 1928 à  Saint -Eugène (Alger). Orphelin très tôt, il est le fils d’une infirmière qui éleva et éduqua seule ses 6 enfants. Et dont Mustapha était le moins  facile à gérer à cause de son obsession à être du matin au soir dans la rue.

 A 17 ans, il signe une licence dans le club de son quartier l’OMSE ( l’Olympique Musulman Saint-Eugénois). A l’époque, ce choix de jouer au football était une alternative à son errance dans les rues de son quartier. De taille impressionnante, il ne fut pas d’entrée, un phénomène du foot proprement dit. Chemin faisant, il s’engage pour 3 ans dans l’armée afin d’avoir un salaire pour lui tout seul et ne plus vivre au crochet d’une mère qui se dévouait corps  et âme pour ses six enfants.

Et c’est au sein de l’armée que son talent éclôt. En 1951, il est sélectionné  en équipe de France militaire. Démobilisé , il réintègre l’OMSE , mais c’est un joueur d’une autre stature et d’un autre talent qui revient .

Sélectionné en équipe de France amateurs, il participe aux jeux olympiques d’Helsinki en 1952. L’histoire est en marche. Et c’est dans ces  J.O qu’il tape dans l’œil des recruteurs de l’Hexagone.

En 1953, il rejoint l’AS Cannes à 25 ans. Et dès l’année suivante, il est enrôlé par l’autre équipe de la Cote-d’Azur , l’AS Monaco où son talent explose et  déborde la scène Hexagonale.

Dès ses début à Monaco, Mustapha Zitouni enflamme le foot français. Les spécialistes et historiens du football, estiment que Zitouni fut le précurseur de La Défense moderne, la zone, et fut le modèle avant l’heure du libéro qu’incarna plus tard un certain Frantz Beckenbauer.

1958, la France qui s’apprête à aller en Suède pour la phase finale de la coupe de monde 1958, affronte en match de préparation l’Espagne. Zitouni muséle Alfredo Di Stéphano, argentin naturalisé espagnol et meilleur joueur du monde de l’époque.

A la fin du match Di Stéphano supplie presque Mustapha Zitouni de venir jouer au Réal de Madrid. « Venez jouer dans la meilleure équipe du monde » lui dit-il ! Et le considérant comme le meilleur arrière central ( on disait demi- centre à l’époque ) qu’il eut à affronter dans sa carrière.

La suite est une autre histoire…Alex Thépot et Albert Batteux ( entraîneurs de l’équipe de France de 1958) font de Zitouni leur chef de file et le capitaine d’une équipe de France en partance pour la coupe du monde et qui ne manquait pas d’allure avec les Kopa, Piantoni, Fontaine, auxquels s’ajoutaient es-qualité, les algériens les Ben Tifour, Mekhloufi, Rouai.

Avril 1958 à quelques jours du départ pour la coupe du monde en Suède, l’histoire du foot se fait pirogue et conduit Zitouni et des frères vers d’autres objectifs…dont le principal était de libérer leur pays du joug colonial via un ballon de foot.

Les amoureux du foot et l’ensemble des français découvrent (ébahis) que les stars de leur championnat venaient d’un pays où se déroulaient de drôles de choses.

La guerre d’Algérie, reléguée jusque là au rang « d’événements d’Algérie »rentre via un  plain-pied footeux, dans la vie des français pour ne plus la quitter. Les crampons de la liberté sont en marche , ils ne s’arrêteront qu’a l’indépendance de l’Algérie.

1962, l’Algérie accède à son indépendance, Mustapha Zitouni, retrouve le club de ses premières amours, l’OMSE, le club saint- eugénois qui évolue dans les critériums qui faisaient office de championnat d’Alger. Il émerveille les foules par sa stature élégante, par la finesse de sa touche de balle et par son jeu tout en volutes.

OMSE,puis le RC Kouba, puis quelques années comme entraîneur. Puis retour en France où il s’installe définitivement avec sa famille à Nice. Il intègre la compagnie aérienne de son pays ( Air Algérie) et cesse toute activité en prenant sa retraite en 1994 à l’âge 66 ans.

On le savait très malade dans les dernières années de sa vie. On savait aussi l’oubli dont il faisait l’objet…Oubli doublé de mépris. Et plus que toute autre chose, c’était cela qui nous tuait.

Zitouni Mustapha s’éteint le 5 janvier 2014 à Nice à l’âge de 85 ans.

Si Mustapha Zitouni avait choisi  de jouer la coupe du monde 1958 pour la France, et de signer au Réal de Madrid, nul  doute, que la France aurait gagné la coupe du monde 58. Et il aurait eu une dimension, une aura, que ni Zidane, ni tout autre footballeur d’origine algérienne n’aurait eu.

Lui, qui avait tout pour intégrer la société française et devenir une star mondiale du foot, a préféré tout  laisser tomber et se consacrer à la cause de son pays.

Mustapha Zitouni s’en est allé le matin du 5 janvier 2014, laissant dans leur petite vie, les ingrats, les fabricants des  notoriétés usurpées, des fausses gloires et des médailles factices.

Repose en paix Monsieur Mustapha  Zitouni…Les gosses des  années 60  que nous étions, et que tu as tant émerveillé et qui t’ont tant aimé, ne t’oublierons jamais. Et ce qui nous désole et nous tue encore, c’est que tu étais mieux considéré en France que dans ton pays.

Aucun stade d’Algérie, fut-il de quartier, ne porte le nom de Zitouni Mustapha ! Quel déni savamment entretenu ! Quelle injustice faite à quelqu’un qui sacrifia tout pour son pays. Cela pourrait s’intituler: Mustapha Zitouni, la légende oubliée !

Ton histoire nous conforte pour toujours dans l’idée…que la trappe mangeuse d’hommes est une invention bien algérienne. Et te concernant, la honte dégouline sur les compassions tardives des gérants du mépris .   M.K

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