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Mohamed Bekkat Berkani à La Nation : «Nous aurions pu être au diapason de tous les pays»

Dans cet entretien, Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus, a précisé que les premières doses de vaccin vont arriver incessamment. Il a également mis en avant la nécessité de multiplier les sources d’approvisionnement, pour être à la hauteur du défi. Il estime, par ailleurs, que la vaccination est l’arme de destruction massive contre la pandémie. Sur une question relative au respect de l’échéance fixée par le Président, Berkani semble sceptique en renvoyant la balle au ministre de la Santé.

 La Nation : Où en est-on avec le vaccin. C’est pour quand l’arrivée des premières doses ?

Mohamed Bekkat Berkani : Le vaccin est commandé à hauteur de 500 000 doses dans un premier lot. Son arrivée est pour bientôt sans préciser exactement la date.

Vous avez déclaré que l’Algérie n’a pas pu anticiper

C’est clair, mais ça c’est avant la décision du président de la République. La décision est du ressort de l’exécutif, qui a élaboré la short liste… Nous aurions pu être au diapason de tous les pays du monde qui ont décidé de vacciner dès le début de l’année 2021.C’est une campagne qui dure longtemps et qu’il vaut vieux commencer le plus tôt possible

C’est pour quand l’arrivée des 500.000 doses ?

Pour le premier quota, l’Algérie attend l’acquisition de 250.000 doses. Nous sommes d’accord avec les Chinois pour avoir encore un approvisionnement du vaccin et avec AstraZeneca. Il est clair que nous n’avons pas un vaccin d’une seule origine. Il faudrait multiplier les sources d’approvisionnement pour pouvoir être à la hauteur du défi de la vaccination qui s’étalera sur toute l’année 2021, selon les priorités. Il faudrait avoir des vaccins pour vacciner. Les sources d’approvisionnement dans le monde sont saturées.

Pensez-vous que les autorités sanitaires sont en mesure de respecter l’échéance fixée par le président de la République, alors que le mois se consume ?

Il faut poser la question au ministre de la Santé.

Spoutnik V est-il le vaccin adéquat pour l’Algérie ?

 Spoutnik V est un vaccin qui a un rapport excellent de l’ordre de 90% d’efficacité. Ce vaccin convient à l’Algérie, il est facile d’utilisation et est disponible. Les conditions de conservation des autres vaccins sont très difficiles. Le spoutnik V est un vaccin dit classique, il ne fait pas appel à de nouvelles technologies dont on ne connait pas exactement le devenir, comme le vaccin Pfizer et Moderna.

Selon certains experts, l’Algérie pourrait atteindre l’immunité collective, sans vaccination ?

C’est faux. Pour atteindre l’immunité collective, il faudrait qu’il y ait au moins la moitié du peuple algérien qui soit vacciné, ou contracté le covid-19. Nous sommes loin de l’un et de l’autre. Nous n’espérons pas que 20 millions d’Algériens soient infectés par le Covid-19. Cela entrainerait des milliers de morts, ce n’est pas le but. Vous avez des pays, comme la France, qui ont fait des projections, s’ils ont laissé l’épidémie se propager pour atteindre l’immunité collective, ils auraient eu près de 500 mille morts. C’est une solution qui n’est même pas envisageable. Par rapport à l’immunité collective, la seule solution est la vaccination de masse.

Pensez-vous que l’Algérie est prête sur tous les plans, organisationnel et logistique, à entamer la campagne de vaccination ?

 Le vaccin, qui a été choisi est facile d’utilisation. L’Algérie a une expérience en vaccination de masse. Elle a aussi des structures de santé et par rapport à la formation qu’ont subie ceux qui vont vacciner, c’est-à-dire le personnel médical et paramédical, il n’y a pas de raison pour que ça ne se passe pas normalement. Nous avions vacciné 10 millions d’enfants en moins d’un mois pour les rattrapages de la polio et de la coqueluche.

Sur combien de temps cette opération s’étalera-t-elle ?

La campagne de vaccination d’étalera sur toute l’année 2021, vraisemblablement.

Quelles sont les personnes prioritaires ?

Probablement les malades chroniques, les personnes âgées de plus de 75 ans et le personnel de santé (médical et paramédical).

Les enfants sont-ils concernés par la vaccination ?

Dans un premier temps, et selon l’avis des experts dans le monde, les enfants ne sont pas concernés par la vaccination, même s’ils sont porteurs sains, ils ne contractent pas la maladie. Le premier objectif de la vaccination c’est de lutter contre la maladie, si vous arrivez à immuniser le maximum de la population, automatiquement même s’ils sont vecteurs de la maladie, les personnels en face sont immunisés.

Il se conserve dans des conditions normales, +4 et +8, c’est-à-dire à la température du réfrigérateur.

Est-ce que l’Algérie dispose des moyens nécessaires pour sécuriser le vaccin ? 

L’Algérie a les moyens nécessaires pour sécuriser ce vaccin. De par le fait qu’elle est habituée à conserver ces types de vaccins : les vaccins classiques.

Un confrère a déclaré que si les chiffres des cas covid sont vrais, ce n’est pas la peine de vacciner. Votre avis ?

Nous sommes dans une situation stable, optimiste par rapport aux cas déclarés. Il est clair que, premièrement, il ne faut pas baisser la garde concernant les gestes barrières, qui nous ont ramené à cette situation, c’est-à-dire le port du masque d’une façon généralisée, le respect de toutes les mesures barrières indiquées et des décisions des autorités de ne pas se regrouper, de ne pas faire de fêtes. Il est clair aussi que nous ne sommes pas à l’abri d’un effet rebond, voire d’une troisième vague.

Pourrait-il y avoir une 3e vague de covid-19 ?

L’hypothèse de voir arriver une deuxième vague est possible. Dès qu’on baisse la garde, dès qu’on fait une faute individuelle ou collective, il y a une reprise de l’épidémie.

Quelle est la situation pandémique en Algérie ?

 En Algérie, nous avons un répit en matière de situation épidémiologique. On enregistre 200 à 300 cas, c’est tout à fait négligeable, sur le plan pandémique, mais ce n’est pas une raison pour baisser la garde. Il faut respecter les mesures barrières et les appliquer, afin de pouvoir arriver à cette immunité collective de façon progressive et la vaccination collective. Cette dernière est l’arme fatale et de destruction massive contre la pandémie.

 

Propos recueillis par Samia Acher    

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