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Décryptage : ces beaux mots qu’on sert à l’opinion pour l’endormir et la faire rêver

Un exemple de discours, qui mêle discours politique et jargon technique, constitue une preuve que le gouvernement patine dans la semoule.

Abdelmadjid Attar réalise une prouesse de dire la chose, son contraire et rien en même temps paraissant travailler intelligemment.

Suivre les déclarations d’Abdelmadjid Attar peut donner le tournis. En moins de 24 heures, le ministre de l’Energie a soufflé le chaud et le froid. Avant-hier, il disait que la loi régissant la production, le transport et la distribution d’électricité est obsolète et le texte doit être amendé pour permettre la mutation vers les énergies renouvelables.

Hier, il avançait qu’il était absolument urgent et prioritaire de raccorder à l’électricité et au gaz ce qu’il est convenu d’appeler les
« Zones d’ombre », c’est-à-dire les régions déshéritées.

Il faut dire que dans la première scène, il parlait à des directeurs régionaux de la Société algérienne de distribution de l’électricité et du gaz (SADEG) et dans la deuxième à des consommateurs de soupe populaire.

Pourtant, préparer l’avenir du pays en adaptant ses lois aux réalités nouvelles n’est pas une mauvaise chose, même si Attar était vague et évasif sur ce projet, se servant d’un langage dont seuls les responsables algériens ont le secret. Il a ainsi rappelé « le programme ambitieux d’EnR (énergies renouvelables) de 22 000 MW décidé en 2011 lui-même renouvelé en 2015 mais toujours sans réalisation, suivi de la création d’une filiale dédiée spécialement aux EnR en 2013, SKTM qui ne produit que 354 MW de renouvelables ».

Il a ensuite regretté ne pas savoir de quoi l’avenir sera fait car les discussions entre les divers acteurs concernés ont à peine commencé. Il a cependant repris de la verve, devenant un peu plus politique et joyeux, en évoquant la date symbolique du 24 février 1971 dont on fêtera cette année le cinquantenaire. Cette occasion sera, selon, celle de la rupture dans le secteur énergétique, à travers la transition vers une nouvelle ère où la source énergétique, sa transformation, l’énergie produite et distribuée et son usage ne seront plus les mêmes qu’ils sont aujourd’hui. » Celui qui comprend comprendra, comme le soutient le proverbe algérien.

Attar somme Sonelgaz de réduire sa production

Concernant Sonelgaz, la société qui éclaire et chauffe les Algériens, le ministre a estimé que les besoins énergétiques du pays d’ici 2030 seront en deçà des prévisions du plan de développement du Groupe public. « Il faut donc baisser le nombre de projets destinés à hisser la capacité de production d’électricité à partir du gaz naturel et investir dans les EnR. On pourrait éventuellement diviser les investissements en deux proportions égales entre le conventionnel et le renouvelable ». Comment ? Il ne le dit pas puisque rien n’a encore été décidé.

Selon lui, Sonelgaz disposait en 2020 d’une capacité de production installée de 23.391 MW presque entièrement à gaz et prévoit d’atteindre 38.000 MW en 2030 alors que le besoin maximal à cette échéance sera de 27.000 MW.
Pour une fois qu’en Algérie un secteur est en surproduction, il fallait peut-être penser à faire autre chose de l’excédent. Imaginer ou même rêver de l’exporter, par exemple.

Armé de novlangue, ce sabir cher à George Orwell, il est revenu à un discours sibyllin en insistant sur la nécessité « d’engager l’adaptation des réseaux de transport et de distribution, créer un marché de l’électricité et in fine amender la loi sur l’électricité ou en établir une ».

Chems Eddine Chitour, son collègue aux Energies renouvelables et à la Transition énergétique, n’a pas été plus clair en soulevant « l’intérêt de l’implication de l’ensemble des acteurs du secteur mais aussi l’implication de l’ensemble des autres secteurs et des citoyens pour réussir la transition énergétique ». Oui, tout le monde est d’accord, mais là encore, comment faire ?

Chitour répond que plusieurs réunions ont été organisées entre ses services et les responsables d’autres départements ministériels en vue de concrétiser les premiers jalons du nouveau modèle énergétique du pays. Notez bien « les premiers jalons ».

Il a ainsi cité l’Habitat et le cahier de charges élaboré avec ce département pour prendre en considération de l’efficacité énergétique ; le Transport, avec la conversion des véhicules vers le GPL, et le Diesel-fuel ainsi que le lancement de la locomotion électrique, l’Intérieur avec l’installation de panneaux solaires au niveau des établissements scolaires et la Poste et les télécommunications avec la commercialisation de lampes à basse consommation au niveau des bureaux de poste.

En un mot, ce n’est pas la grosse stratégie à l’allemande ou à la japonaise mais on commence tout de même à bouger.

Fin de non-recevoir et de tergiversation

Dans la foulée, le temps presse et les « Zones d’ombre », n’entendent rien à ce charabia. Si on veut convaincre leurs habitants que l’Algérie nouvelle est en marche, il faut un minimum : le raccordement de leur demeure à l’électricité et au gaz.

Le ministre l’Energie remet alors sa casquette de politique et devant les maires ébahis de M’Sila, Béjaïa et de Tizi Ouzou, il annonce solennellement l’engagement de son secteur à prendre en charge cette préoccupation. Il y ajoute même les exploitations agricoles car il s’agit là d’une « priorité nationale absolue ».

Le communiqué, qui a sanctionné la rencontre avec les élus locaux, stipule que M. Attar, qui était accompagné du médiateur de la république, Karim Younes, a écouté « attentivement » les préoccupations soulevées. Il a ensuite annoncé un ensemble de
« projets en cours de réalisation et inscrits dans les Zones d’ombre, ainsi que la cartographie des zones classées parmi les zones d’ombre ». Il a, en outre, fait part de la « disposition et de l’engagement du ministère à prendre en charge les dossiers soulevés ». Cela dit, tempère-t-il, des problèmes « entravent le Groupe Sonelgaz concernant le raccordement et l’approvisionnement de certaines zones en gaz et en électricité ». Pourquoi ? A cause de « l’existence d’oppositions aux projets en raison de leur implantation sur des terrains privés ». Il a renvoyé à la fin la balle dans le camp des maires en les rendant responsables de « la nécessité d’agir en vue de remédier à ces problèmes, et ce dans le but de parachever et d’entamer plusieurs projets à l’arrêt ». Fin de non-recevoir et fin de tergiversation.

Mohamed Badaoui

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