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Campagne électorale : grincements de dents dans la rue

La conjoncture que traverse l’Algérie ne prête pas à sourire. Dans la rue et dans les lieux publics, on peut aisément mesurer la colère citoyenne qui monte crescendo à trois semaines des législatives.

Ali, un Algérois dans la quarantaine, avoue éprouver des sentiments ambivalents vis-à-vis de la situation provoquée par la pandémie et par le Hirak. «Je ne me sens pas concerné par cette agitation mais je dois dire que sans ce mouvement nous serions toujours sous le pied des nouveaux riches», dit-il. Grand voyageur, il se rappelle la jeunesse dorée qui prenait l’avion avec lui pour aller se divertir en Europe et ailleurs dans le monde. «Ils étaient détestables. Dès qu’ils montaient à bord de l’avion, ils se mettaient à insulter le pays, en commençant par la compagnie aérienne. Mais l’argent, ça ne les gênait pas de le gagner».

Toutefois, comme dans un coup de théâtre, depuis le déclenchement de la pandémie et la fermeture des frontières, les anciens nantis ont été doublement punis, selon lui. «Non seulement leurs revenus ont fondu, mais ils sont de plus contraints de rester au pays pendant toute l’année. Rien que pour cela, vive le Covid ! Il les a bien remis à leur place. Le Hirak les a aussi fait tomber bien bas».

Dans un autre lieu, Saïd, un homme plus âgé et connaisseur des cercles fermés affirme, lui, tout à fait le contraire. «Il existe des Algériens multimillionnaires en dollars, mais personne ne les connaît. Ils n’ont pas été inquiétés et n’ont pas perdu d’argent. Ils mènent toujours la vie de pachas».

Ce n’est pas le cas de l’écrasante majorité de la population. Karim, le visage raviné alors qu’il entame à peine quarantaine, se rappelle avec nostalgie des jours où il pouvait s’offrir matin et soir des jus de fruit mixés dans le robot qu’il avait pu acheter à sa femme. «Sous Bouteflika, la nectarine, les pêches, les oranges et les abricots ne coûtaient rien. Aujourd’hui, les fraises tu ne peux les manger qu’avec les yeux».

Inutile de lui expliquer les raisons de l’inflation, les mécanismes des marchés mondiaux et l’impact de la pandémie sur les cours des matières premières. Pour lui, s’enflamme-t-il, «nous avons réclamé le changement, ils veulent nous affamer et nous priver d’eau. Si ça continue, tout le peuple va sortir dans la rue».

Il y a effectivement une montée de colère, particulièrement depuis le début de la campagne électorale. Ceux qui ont le courage de suivre la propagande des candidats en sortent estomaqués. «Vous avez vu leurs gueules», explose Réda, un jeune diplômé au chômage. «Ils mentent tous. Ils n’ont ni pudeur ni dignité».

L’élément qui a le plus fait réagir l’opinion, ce sont les sommes déboursées par l’Etat au profit des prétendants à l’APN. «Il n’y a pas d’argent pour les honnêtes gens qui ne demandent qu’à travailler, mais pour acheter des chiyatines (brosseurs) les caisses sont pleines», lance Réda avec un profond soupir. Il passe ensuite au karcher l’ensemble des anciens et des futurs «représentants du peuple» sans trouver de qualificatifs assez durs pour les nommer.

Dans la rue, dans les cafés et les transports publics, on peut aisément mesurer la pression intenable qu’exerce la conjoncture sur les habitants. Les propos sont amers et les mines fermées par une expression agressive, sous un climat lourd de menaces.

Mohamed Badaoui

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