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Abderrahmane Hadj Nacer : nous abordons une guerre mondiale comme si nous n’étions pas concernés

La situation actuelle de l’Algérie se lis à travers le prisme de son histoire, semble suggérer Abderrahmane Hadj Nacer, l’ancien gouverneur de la banque d’Algérie. Dans une longue interview au cite d’information Twala.info, il propose une lecture, sans complaisance embrassant tous les aspects de la vie nationale : politique, économique, culturelle et surtout la place que devrait occuper l’Algérie dans l’échiquier mondiale.

L’idée centrale de  Hadj Nacer est que tout est imbriqué dans un système mondialisé.  Ce qui se passe aux Etats-Unis constitue l’exemple le plus  frappant. Pour lui, il ya une grande corrélation entre l’alerte du FMI sur l’économie algérienne, la visite du commandant de l’Africom, le secrétaire d’Etat américain à la défense et la campagne de presse sur la mort du Hirak.

« Et donc, si nous voulons comprendre pourquoi avions-nous reçu deux responsables Américains presque en même temps, il faut dire que ce n’était pas forcément les mêmes logiques en œuvre. Il en va de même aujourd’hui, quel que soit le pays auquel nous devons faire face, il n’y a plus de convergence et les états profonds sont éclatés.

« Je tiens à rappeler pour l’histoire que le président Obama avait créé une commission composée de huit personnes pour essayer de réunifier l’État profond américain. Non seulement il n’y a pas réussi, mais, nous avons aujourd’hui une quasi-guerre civile à l’intérieur des États-Unis qui se répercute en quasi-guerres civiles à l’échelle mondiale. »

Ce qui ce passe aux Etats-Unis est une grosse secousse. Il se trouve que l’Algérie « est un pays trés impliqué dans les mouvements tectoniques. C’est un véritable laboratoire… »

Et pour comprendre, plus largement pourquoi est ainsi faite l’Algérie, il faut revisiter son histoire. C’est précisément cette histoire qui a fait d’elle un cas à part, une particularité.

L’ancien gouverneur de la banque d’Algérie nous renvoie à la genèse de la campagne française de 1830. «D’abord, nous étions colonisés parce que nous étions très riches..» «…La France, exsangue après sa révolution, savait par le biais de ses espions que l’Algérie était riche parce qu’elle l’approvisionnait en blé et lui prêtait de l’argent. Mais, elle avait aussi remarqué que c’est un pays très vaste, très peu peuplé, et dont la direction avait pris l’habitude de la rente au lieu de développer sa capacité de projection militaire et d’anticipation stratégique, »  a-t-il remarqué. Cette importance stratégique de l’Algérie à travers sa richesse, sa géographie et son peuple, a fait qu’elle soit une cible… toujours une cible.

Et le salut, pour un pays portant un tel destin réside dans son intelligence et sa capacité à surmonter les obstacles.

Il ya, deux exemples à citer : le premier est la victoire de notre révolution « grâce à notre résilience collégiale en évitant le   makhzen résiduel et zaimisme.» Le deuxième est le soulèvement populaire du 22 février 2019.

Justement le Hirak est une particularité algérienne qui n’a rien à voir avec le printemps arabe.

« Comment se fait-il que des jeunes de 25 ans continuent à se remémorer des chants de leurs grands-parents ? Cette sensibilité historique chez le Hirak pourrait-elle s’expliquer par la manipulation ? Je trouve amusant les conclusions de ceux qui disent que le Hirak est une préfabrication des services de renseignement. Mais, les services de quel pays ? »

Le Hirak a révélé la survivance de la mémoire algérienne malgré tout ce que la France coloniale a fait pour détruire cette mémoire.

Revenant à la situation actuelle, Hadj Nacer, reste sur son idée de cette Algérie laboratoire et cible de toutes les puissances, avec une absence de cette dose d’intelligence nécessaire au salut de la mémoire: condition sine qua non de l’existence.

Concernant la démarche la plus visible du pouvoir en place, à savoir la révision de la constitution, Hadj Nacer retient trois points :

1-            La date fixée pour le référendum : « Ce qui m’a frappé dans cette Constitution, c’est qu’elle vise à remplacer la charte de novembre 1954. Quand vous faites une publicité pour dire « novembre 1954 la Révolution/novembre 2020 le changement », cela veut dire que vous comptez faire oublier novembre 1954. Mais, le peuple n’oublie pas. C’est impossible d’oublier ! « li yahsseb wahdou ychitlou (celui qui compte tout seul dégage des surplus, ndlr) ». Quelle que ce soit la violence que subirait le peuple, il ne se trompera pas, il ne se trompera jamais par essence. »

2-            « Une bonne Constitution, ce n’est que l’énoncé de principes fondamentaux et d’une vision de l’avenir, comme la charte de 1954 d’ailleurs. Une constitution compliquée est faite pour ne pas être mise en œuvre. Et, sur la base de ces deux principes, moi, personnellement, en tant que citoyen algérien, je suis gêné. »

Le tapage orchestré autour de l’Armée et l’élargissement de son champ de manœuvre hors territoire national. Hadj Nacer est contre cette disposition parce : d’abord c’est un piège voulant pousser notre armée à faire le gendarme à la place des autres, et parce « Ce qui est recherché à travers cette tentative de pousser l’armée à ce pourquoi elle n’est pas totalement préparée, est d’essayer de casser cette homogénéité construite autour d’une discipline de fer dans l’armée. Et, donc, au lieu de lui laisser le temps de se moderniser, on veut en faire une armée supplétive. »

Enfin « la question que je me pose est de savoir si l’envoi des troupes algériennes à l’étranger serait utile à l’économie algérienne ? Ce n’est pas parce que nous possédons des SU 57 que nous sommes aptes à la dernière génération de la guerre. Ce n’est pas parce que nous avions appris à user d’un instrument que nous sommes en mesure de le produire. »

« Est-ce que nous nous projetons à l’extérieur pour justifier des achats supplémentaires qui vont renforcer les industries de nos fournisseurs russes, chinois ou turcs ? Est-ce que nous nous projetons à l’extérieur parce que nous avons derrière nous un complexe militaro-industriel qui a besoin d’un nouveau marché et de démontrer que nous produisons des armes de qualité et prouver l’efficacité de notre armée ? Ou bien nous nous projetons parce que c’est la seule façon pour nous de permettre à Sonatrach, à nos banques ou à notre industrie de s’exporter et leur ouvrir ainsi des marchés captifs ? Ce n’est pas le cas. »

Pour lui la constitution devrait apporter, plutôt, des précisions sur la place et le rôle des services de sécurité. « Quand on parle sécurité, j’aimerais bien qu’on nous dise quelle est la police qui s’occupe des cambriolages, meurtres, etc. et quelle est la police qui s’occupe de la surveillance du territoire ou de la population sous couvert de contre-espionnage ou de police politique. Toutes ces confusions font que le citoyen algérien ne sait pas jusqu’à quel point il peut jouir de ses droits et à quoi doit-il s’attendre des services de sécurité.

Dans un volet qui semble économique, qui surveille OTA ou Djezzy dont on ne sait plus très bien si elle est d’essence israélienne, russe ou hollandaise et pourquoi elle est sous contrôle technique de dirigeants français qui traitent les Algériens comme des indigènes. Autre exemple, que fait Lafarge qui est subventionnée par un prix du gaz inférieur à son coût de revient et qui par ailleurs a collaboré avec les terroristes sur mesure en Syrie ? »

Quant à l’armée, l’Algérie gagne beaucoup à la laisser faire sa mue, se réformer doucement avec le temps qu’il faut : « il est plutôt nécessaire de laisser l’armée continuer sa mue, notamment sur le plan doctrinal mais, aussi, de définir le rôle des services de sécurité, non pas pour les brider mais ils doivent comprendre qu’ils sont là pour gérer l’avenir et non pas pour accumuler des archives.» La sentence est claire nette et précise : « Il est impossible d’avancer tant que l’armée n’a pas terminé sa mue.»

« L’Algérie est appelée à se projeter dans l’avenir, armée d’un degré d’intelligence suffisant pour affronter un monde de plus en plus hostile : « À défaut de réfléchir par nous-mêmes, nous sommes condamnés à subir et à ne pas nous asseoir à la future table de négociation internationale pour défendre nos intérêts et notre territoire. »

Synthèse : Aziz : T

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