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A quelques semaines de l’Aïd El Kébir : Alger se transforme en espace pastoral

Comme chaque année à l’approche de l’Aïd El Adha, la capitale et les autres grandes villes du pays, mettent en veilleuse leur caractère urbain pour devenir des agglomérations rurales, peuplées de moutons, de bergers et de maquignons.

A El Harrach, au lieu-dit Sinkouri (déformation de Sainte-Corinne pour les uns et de Cinq écuries pour les autres), le commerce de moutons est une vieille tradition. Les étables travaillent toute l’année dans un quartier qui est une vraie machine à remonter le temps. Ici, sans les quelques accessoires qui rappellent la modernité (voitures, téléphones portables, tenues…) on se croirait au début du 20e siècle ou même avant.

De part et d’autre de la rue, dont le bitume remonte à Mathusalem, de vieilles bâtisses à bestiaux grouillent déjà d’acheteurs de moutons qui s’y prennent tôt dans l’espoir de gagner quelques milliers de dinars avant le grand haro sur les moutons.

Certains, acquièrent la bête deux ou trois semaines avant pour donner l’occasion à leurs enfants d’en faire un animal de compagnie qu’ils finissent par égorger. «El mel ghali had el âam (le cheptel est cher cette année), se navre un homme qui a fait le tour des maquignons. Il faut compter en effet pas moins de 70 mille dinars pour une bête de taille moyenne. «Je préfère refaire la peinture de mon appartement cette année», s’insurge un autre déçu. N’essayez surtout pas de demander aux revendeurs pourquoi les ovins sont si chers. Ils vous réciteront une litanie apprise par cœur qui vous poussera à sortir le mouchoir et pleurer sur leur sort. Ils invoqueront le prix du fourrage, du transport, des médicaments, se lamenteront sur la sécheresse et un tas d’autres malheurs qui rendent, selon eux, leur vie si misérable et difficile. Or, tout le monde sait que ce type de commerçants est riche à milliards. D’ailleurs, le sobriquet attribué par les Algériens aux nouveaux riches est «beggarine» (bouviers)

«El mel» est le terme qui désigne en Algérie le cheptel. «El mel» est aussi le capital en arabe. On est donc loin de la pauvreté, surtout que le marché des ovins échappe totalement au contrôle du fisc. Aucune facture, ni chèque et encore moins de déclaration aux impôts n’ont cours dans les transactions entre acheteurs et vendeurs durant la période d’El Aïd. Pourtant, il s’agit d’une foire gigantesque où plusieurs millions de têtes sont écoulées.

Dans plusieurs quartiers d’Alger et sa grande banlieue, comme dans d’autres villes, des enclos pouvant accueillir des dizaines d’agneaux ont été aménagés à l’intérieur des cités. Des particuliers que personne ne contrôle s’improvisent commerçants pendant quelques semaines, empochent de l’argent liquide puis changent d’activité. L’informel dans toute sa splendeur.

L’Aïd El Adha est la manifestation grandeur nature de la résistance de la société comme de l’Etat à la modernité. Même dans les pays du Golfe, réputés rigoristes et même archaïques, aucun mouton ne peut être vu dans la rue avant ou après la fête. Les clients qui veulent en sacrifier se dirigent directement aux abattoirs, choisissent leur offrande, paient, reçoivent un bon et une facture, puis attendent leur livraison dans des boîtes réfrigérées, sans la tête, les pattes et les viscères.

Mohamed Badaoui

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un commentaire

  1. et si on épargne cette torture aux pauvres moutons !!!

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